Écrans : enfants connectés, parents largués ?

Ils sont là et ils sont partout. Les écrans s’invitent dans nos salons, à nos tables, dans les chambres de nos enfants, dans leurs poches et dans nos vies de familles. Que faire en tant que parent pour gérer cette invasion en douceur ?  Vous ne connaissez pas Fortnite ou Snapchat ? Demandez à vos enfants de vous montrer comment ça fonctionne. Et surveiller ? Encadrer ? Oui, aussi, même si vous n’êtes pas là pour jouer la police, c’est à vous, parents, de garder le contrôle. Et comme il vaut mieux prévenir que guérir, il existe des pratiques simples à appliquer dès le plus jeune âge. Et si vraiment vous vous sentez débordés, plusieurs structures et associations peuvent vous aider et vous accompagner. 

Esprit critique, mais pas sur tous les outils

C’est devenu un enjeu éducatif majeur. La place des écrans dans la vie des enfants est souvent au centre des débats et parfois même des conflits familiaux. À quel âge un ou une enfant peut-il ou peut-elle avoir un smartphone ? Quelle utilisation peut-il ou peut-elle en faire ? Est-ce que c’est bien de laisser un ordinateur ou une tablette dans la chambre de son enfant ? Est-ce que c’est grave si on lance un petit dessin-animé sur Netflix le temps d’avoir la paix un instant ? Guillaume Leclère est intervenant pour Log-in, spécialisé dans la prévention des usages numériques : « Nous observons des tendances. Il y a deux ans, on parlait beaucoup de l’usage des écrans chez les enfants en bas-âge. Actuellement, il est beaucoup question de Fortnite qui est véritable phénomène de mode et qui peut entraîner des excès, notamment en offrant la possibilité de faire des achats en ligne. La nouvelle génération a digéré un certain nombre d’informations, notamment sur l’usage d’internet, et s’est forgé un réel esprit critique. Mais ce n’est pas le cas sur tous les outils. »

Nouveaux risques

Log-in intervient depuis 6 ans dans la prévention des usages numériques. " Lors de nos interventions, nous évoquons aussi bien l’usage d’internet, avec la vérification des informations qu’on peut y trouver et l’accès à la pornographie. Sur ce dernier point, il y a eu une vraie évolution puisqu’avant nous n’évoquions pas cette question avant la 4e et qu’aujourd’hui nous en parlons en cours d’année de 6e avec une réelle volonté de prévention. Nous abordons aussi les jeux vidéos et l’impact qu’ils peuvent avoir sur le rythme de vie, notamment sur le sommeil et la vie sociale. Nous parlons également des réseaux sociaux, en expliquant comment ils fonctionnent et comment on peut poster et publier de manière intelligente sans nuire aux autres et à soi-même ou tomber dans les travers du cyber-harcèlement », détaille Guillaume Leclère. 

"La nouvelle génération a digéré un certain nombre d’informations, notamment sur l’usage d’internet, et s’est forgé un réel esprit critique. Mais ce n’est pas le cas sur tous les outils. », Guillaume Leclère, intervenant pour Log-in.

Et vous ? Vous les utilisez comment les écrans ?

Les enfants imitent les usages des parents. Pour Guillaume Leclère « les adultes doivent faire attention à leur propre usage des médias. Si vous engueulez votre enfant pour qu’il lâche sa console et vienne se mettre à table et qu’une minute après vous sortez votre smartphone pour répondre à un texto, c’est peine perdue." Claire a 38 ans et elle est maman de deux enfants de 7 et 9 ans. "Je travaille de chez moi, et c’est vrai qu’il m’arrivait de faire une pause sur un temps de jeu ou pendant un repas pour répondre à un client. Aujourd’hui nous avons installé une corbeille à l’entrée de l’appartement où moi et mon conjoint, mais aussi les gens que nous recevons, déposent leur téléphones portables quand les enfants sont là". 

Ne pas diaboliser les écrans 

"Nous ne diabolisons pas les écrans. Comme le recommande le psychiatre Serge Tisseron, nous défendons l’idée d’une consommation acceptable des écrans qui implique une participation des adultes dans la relation entre l’enfant ou l’ado et les écrans.", explique Merwann Abboud coordinateur de Fragil, une association d’éducation aux médias et aux pratiques numériques qui développe ses actions en s’inspirant des outils de l’éducation populaire. L’association publie également un magazine collaboratif en ligne.

"Nous défendons l’idée d’une consommation acceptable des écrans qui implique une participation des adultes dans la relation entre l’enfant ou l’ado et les écrans", Merwann Abboud, coordinateur de l’association Fragil.

 "Les parents ont besoin d’être rassurés"

Facile à dire, mais pas forcément à faire. En tant que parent, on n’a pas toujours ni les arguments, ni les connaissances nécessaires. « Les parents ont besoin d’être rassurés. Certains parents s’imaginent souvent le pire et n’osent pas poser de questions parce qu’ils n’y connaissent rien. Nous leur conseillons d’utiliser cette méconnaissance comme un argument pédagogique. Ce n’est pas idiot de demander à un enfant qui réclame un smartphone ou créer un chaîne Youtube : « mais pour quoi faire ? », insiste Guillaume Leclère. Pour le coordinateur de l’association Fragil, il existe effectivement "un vrai creux numérique entre les générations. C’est dommage, mais les parents ne sont pas toujours très curieux, ils ont peur de générer des conflits."

 

Réseaux sociaux : faire prendre du recul aux jeunes

Pas évident, quand on a le nez sur son smartphone, pris par une discussion avec des copains et des copines, d’avoir du recul sur l’outil qu’on utilise, notamment sur les réseaux sociaux. Un réseau social est comme un iceberg, il possède une partie immergée. "Notre première approche est de faire prendre du recul aux jeunes sur l’utilisation des réseaux sociaux. Les ados n’aiment pas être pris pour des imbéciles. Nous leur expliquons comment un réseau social fonctionne, par exemple comment un réseau social peut-il être gratuit ? Comment les propriétaires de ces réseaux génèrent d’énormes revenus publicitaires ?". Une approche que défend également Guillaume Leclère : « Les jeunes savent dans le fond, mais ils ont besoin de se l’entendre dire, qu’on leur donne du recul sur leurs usages. Parfois ils pensent maîtriser les outils, mais ils se rendent compte que ce n’est pas forcément le cas. On ne leur fait pas la morale, mais on les guide vers une pratique différente ».

Les réseaux sociaux ne sont pas écolos

Une soif de connaissance qui peut-être un bon levier de prise de conscience, tout comme la fibre écologiste des nouvelles génération. "Nous essayons  également de passer par des thématiques auxquelles ils sont plus sensibles comme l’écologie, en leur expliquant que le fonctionnement des réseaux sociaux nécessite l’utilisation d’énormes serveurs (boitiers qui stockent et alimentent les données du réseau) qui consomment beaucoup d’énergie à la fois pour fonctionner mais aussi pour être refroidis", rapporte Merwann Abboud. 

Créer un attente, rendre accro : l’exemple des "flammes" sur Snapchat

Prenons un exemple concret : Sur le réseau Snapchat, vous pouvez activer le mode "Snapstreak". Une petite flamme apparaît. Cela signifie que vous avez échangé des Snaps (photo ou vidéo) avec un ami ou une amie pendant 3 jours consécutifs. Le chiffre à côté de la flamme indique le nombre de jours pendant lesquels vous avez eu des échanges. Si vous n’échangez aucun Snap pendant 24 heures, le mode "Snapstreak" s’arrête. Pour un jeune, c’est valorisant d’avoir beaucoup de flammes. "Avec ce système, le réseau social créé une attente chez les jeunes et les rend dépendants".

Une vidéo de Arte-TV pour vous aider à comprendre comment fonctionnent les réseaux sociaux et comment ils nous rendent dépendants :

[infographie] Près de 100 % des jeunes de 17 ans possèdent un smartphone

Des pratiques de prévention à mettre en place dès le plus jeune âge

Les bonnes pratiques avec les écrans doivent se mettre en place dès le plus jeune âge. La Protection maternelle et infantile de Loire-Atlantique (PMI) vous propose un guide pour vous aider à garder le contrôle et à adopter les bonnes pratiques en lien avec l’usage des écrans par les enfants. Dans ce livret, vous trouverez aussi des informations sur les conséquences d’une mauvaise exposition aux écrans pour votre enfant et des pistes pour en savoir plus. Claire se souvient du jour où elle a retrouver sa fille en train de regarder des vidéos de poursuites policières sur Youtube : "Nous n’avions pas réalisé à quel point un smartphone ou une tablette sont des outils intuitifs pour un jeune enfant. Sans que nous lui ayons montré quoi que ce soit, juste en nous observant faire, elle avait réussi à visionner des vidéos". 

Acheter la paix sociale

L’autre tentation des parents, c’est d’utiliser l’écran pour acheter la paix sociale. "Je dois reconnaître que Trotro nous a permis d’être tranquilles pendant plusieurs dîners entre amis", reconnaît Claire, qui fait la part des choses entre un dessin-animé adapté sur un temps donné et contrôlé et un usage abusif. Reste qu’il est préférable de prendre du temps pour jouer avec ses enfants, à leur lire une histoire et de les coucher au moment où les adultes passent à table. 

"Sans que nous lui ayons montré quoi que ce soit, juste en nous observant faire, elle avait réussi à visionner des vidéos", Claire, 38 ans. 

Des ressources pour vous accompagner

 

Vive le contrôle parental

Il y a un côté "je fais la police" qui peut faire peur. Pourtant, il existe aujourd’hui plusieurs outils pour limiter l’usage et l’accès à certains sites ou réseaux à votre enfants.

  • À commencer par le géant Google qui propose son Family Link, une application qui permet de réglementer les usages numériques.
  • Les principaux opérateurs comme SFR, Orange, Bouygues ou Free, proposent eux aussi des systèmes de contrôle parental assez faciles d’utilisation.
  • Apple propose sur certains de ses téléphones et tablettes, la fonctionnalité "Temps d’écran" qui permet de gérer le temps passé sur les écrans et au besoin de verrouiller un nombre d’heures grâce à un code.
  • Vous pouvez également trouver en ligne des applications gratuites et payantes, comme par exemple "Screen time", qui vous aide à gérer le temps que vos enfants passent devant un écran. 

Pour vous y retrouver dans les jeux vidéos

Vous avez sans doute déjà vu sur une boite de jeu vidéo ou sur internet ces quatre lettres : PEGI. Cela veut dire Pan European Game Information. C’est un système de classification par âge des jeux vidéos qui est utilisé dans 38 pays européens. Ce classement vous permet de savoir si le jeu est bien adapté à votre enfant ou pas. Depuis le mois de novembre 2019, il existe une application que vous pouvez télécharger sur votre smartphone. Elle permet aux parents et aux joueurs de trouver des informations sur la classification d’âge d’un jeu. Elle vous permet également de vous renseigner sur le contrôle parental pour les consoles de salon (Nintendo Switch, Xbox One, PS4, Nintendo Wii U, PS3, Xbox 360) et pour les systèmes mobiles (Google Play, Nintendo 3DS, Playstation Vita).

Des associations en Loire-Atlantique 

En plus de Fragil et de Log-in évoqués dans ce dossier, d’autres structures peuvent vous accompagner, vous et votre enfant, à mieux appréhender le monde des écrans et les usages du numérique. L’association l’Acleea basée à Indre propose de nombreux ateliers autour du numérique. Son site répertorie également d’autres sites et plateformes internet qui peuvent être de bonnes ressources pour trouver des questions à vos réponses. Vous pouvez également contacter l’association les Pieds dans le paf à Saint-Nazaire qui travaille depuis longtemps sur l’éducation aux médias et les usages numériques. De nombreux centres socioculturels ou des espaces de vie sociale organisent régulièrement des ateliers, des conférences et des échanges autour des usages numériques. Pensez à consulter notre agenda pour trouver le rendez-vous le plus proche de chez vous. 

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