Les disputes au sein de la fratrie

Les relations au sein d’une fratrie ne sont pas toujours simples à gérer pour les parents. Jalousie, chamailleries, disputes peuvent venir troubler l’équilibre familial. Chacun doit trouver sa place et apprendre à faire de la place aux autres et à partager. Mais les fratries sont aussi des environnements où il fait bon grandir, s’affirmer, se soutenir et vivre des grands moments de complicité. Dans ce dossier, retrouvez les témoignages de plusieurs parents, l’éclairage de Gaëlle Guémas, psychologue clinicienne et des informations pour vous faire accompagner.

"La rivalité, la jalousie et les situations conflictuelles participent à la construction psychique de l’enfant"

Gaëlle Guémas est psychologue clinicienne à Nantes. Elle est spécialisée dans la périnatalité, l’enfance et la parentalité.

Les disputes au sein d’une fratrie sont-elles inévitables et normales ?

La rivalité, la jalousie et les moments de conflits font partie des relations humaines en général. C’est d’autant plus vrai pour des personnes qui vivent ensemble et partagent leur quotidien. Même quand tout va bien dans la relation, il arrive que l’autre vous énerve et vous agace. C’est donc normal qu’il y ait des disputes au sein des fratries. La rivalité, la jalousie et les situations conflictuelles participent à la construction psychique de l’enfant qui doit apprendre à les traverser sans user de violence.

À quel moment faut-il s’inquiéter en tant que parent ?

Les parents connaissent bien leurs enfants et, en général, savent intervenir avant que ça ne dégénère ou avant un geste violent. Les adultes doivent intervenir dès lors que la violence s’installe dans les rapports entre enfants et que des signes de souffrance apparaissent. L’intégrité physique mais aussi psychique de chaque enfant doit être préservée. C’est le rôle de l’adulte de rappeler la limite, l’interdit et d’aider l’enfant à faire face à ces situations sans recourir à des gestes ou paroles violentes. 

Quels conseils peut-on donner aux parents pour les aider à mieux gérer les disputes de leurs enfants ?

Bien souvent, lorsqu’il y a un conflit, c’est une question de place et un enjeu de pouvoir. Dans une fratrie, ce qui est important, c’est la place de chaque enfant et les parents doivent respecter ça. Lorsqu’elle n’est pas très élevée, les parents gomment parfois la différence d’âge entre leurs enfants . Il n’y a plus d’aîné, de cadet, ni de benjamin. Les enfants sont en quelque sorte élevés comme des jumeaux. Or, il me semble important que la place particulière de chacun au sein de la fratrie et de la famille soit reconnue et valorisée. L’aîné a ainsi la place du premier né, du « grand » et il est normal qu’il ait parfois certains « privilèges » liés à son âge (se coucher un peu plus tard que le petit-frère ou la petite-sœur, regarder un dessin animé adapté à son âge, aller dormir chez un copain ou une copine etc.). Tout comme il aura aussi certains rôles (montrer l’exemple etc.) ou devoirs (ranger sa chambre, aider aux tâches ménagères etc.) alloués à sa place de « grand ». L’autre chose importante à mes yeux, car chaque enfant est unique, c’est de valoriser leurs différences, leurs qualités, dons et centres d’intérêt personnels. L’équité est une notion qui vient souvent des parents qui s’interrogent sur leur capacité à être un aussi bon parent avec tous leurs enfants. Je crois qu’il est important que les parents se rappellent que puisque chaque enfant est unique, porteur de sa propre histoire, alors le lien tissé avec chacun d’eux l’est également. C’est le cas pour toutes les relations humaines. Cela ne signifie en rien que l’attachement et l’amour soient moins intenses. Enfin, il est primordial que les parents soient d’accord sur les réponses apportées aux enfants, aussi bien en terme d’éducation que sur les valeurs et la manière de les transmettre.

Témoignages : "Ce n’est jamais agréable pour les parents de voir ses enfants se disputer"

Jeanne est la maman de deux enfants, un garçon de 11 ans et une fille de 8 ans

Notre aîné a toujours été jaloux de sa sœur. C’est un enfant différent qui est parti avec un bagage compliqué à la naissance. Il est extrêmement sensible. Il a un demi-frère plus âgé de 5 ans avec qui ça se passe très bien. En dehors de la maison, c’est un petit garçon très sociable qui a beaucoup de copains. Lorsque j’étais enceinte de sa sœur tout s’est bien passé ; il était très content et visiblement pas plus perturbé que ça. Mais quand elle est arrivée, ça a tout de suite été compliqué.

Il a toujours eu l’impression qu’on s’occupait plus de sa sœur

Il a toujours eu l’impression qu’on s’occupait plus de sa sœur, pourtant, de notre point de vue, c’est tout le contraire. Il s’est d’emblée mis en situation de concurrence avec sa sœur. Il se compare toujours à elle avec l’idée que, quoiqu’il arrive, il fait forcément mieux. Et parfois lorsqu’il est mis devant le fait accompli, comme lorsqu’il a vu que sa sœur savait lire plus tôt que lui, ça le bouleverse et il se remet en question, au point de s’en rendre malade.

Nous ne laisserions pas notre fils garder sa sœur tout seul de peur qu’il lui fasse du mal

Au quotidien cela donne lieu à de fréquentes disputes, avec des insultes et des coups. Nous ne laisserions pas notre fils garder sa sœur tout seul de peur qu’il lui fasse du mal, même s’ils arrivent quand même parfois à avoir des moments de complicité. Nous on sait qu’il aime sa sœur, mais lui n’arrête pas de lui dire qu’il ne l’aime pas. Il a un niveau d’exigence très élevé vis à vis d’elle, il passe son temps à la surveiller, à fliquer ce qu’elle fait. De son côté, notre fille accepte la situation : c’est sa façon à lui d’avoir des relations avec elle. Elle admire beaucoup son frère et fait tout pour qu’il l’aime. Notre fils a été pas mal suivi, notamment par des psys, au début, parce que nous étions démunis et puis, nous avons appris à vivre avec.

Il faut admettre que nos enfants ne sont pas parfaits et que ce n’est pas toujours de la faute des parents

Pour les disputes, nous n’avons jamais consulté. Nous avons mis en place un conseil de famille avec un bâton de parole où chacun peut s’exprimer et où on décortique ce qui a pu déclencher les disputes et où on essaye de proposer des solutions. J’ai mis beaucoup de temps à accepter que notre fils était différent. Je trouve qu’aujourd’hui les parents subissent beaucoup de pression. Il faut admettre que nos enfants ne sont pas parfaits et que ce n’est pas toujours de la faute des parents. On ne peut pas forcer les gens à s’aimer. On essaye de créer les conditions pour qu’il y ait le moins de jalousie possible, pour être les plus équitables possibles, mais c’est impossible de l’être totalement. Ce sera à eux de choisir la relation qu’ils veulent.

 

Annie est la maman de deux enfants, un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans

Ils ont tous les deux des caractères très différents. Notre fille est très vive et notre fils, plus sensible, plus attentif. Elle a tendance à souvent prendre notre place de parents en lui disant ce qu’il doit faire. Elle est très carrée, très ordonnée et ne supporte pas que son frère mette du désordre. Ils sont aussi tous les deux très à cheval sur l’égalité. Nous essayons de leur apprendre la nuance avec l’équité ; la nuance est grande. Ils se disputent souvent et ça peut vitre grimper à un très haut niveau de décibels. Ils se font aussi des coups bas, comme gribouiller le dessin de l’autre par exemple. Aujourd’hui notre fils s’est rendu compte que sa sœur lui bouffait la vie et il a tendance à un peu plus affirmer sa place en grandissant. De son côté, notre aînée arrive à temporiser les choses.

Ce n’est jamais agréable pour les parents de voir ses enfants se disputer

Et même si ça peut rapidement dégénérer, ils ont des moments de complicité. Ce n’est jamais agréable pour les parents de voir ses enfants se disputer. On se retrouve spectateur de quelque chose qui nous désole, il y a une forme d’impuissance. Alors on essaye d’intervenir, de comprendre les disputes même si ça n’est pas toujours évident parce qu’on ne sait pas toujours comment ça a commencé. Lorsque ça va trop loin, on les sépare et on revient plus tard, à froid sur les causes de la dispute pour tenter d’apporter la réponse la plus juste à chacun. Parfois ce sont même eux qui sont demandeurs de la parole de l’adulte. C’est important que les enfants sentent que les adultes peuvent les aider à dépasser tout ça et à exprimer ce qu’ils ressentent.

 

Vincent est le papa de deux enfants, une fille de 9 ans et un fils de 6 ans

Ils sont tout le temps fourrés ensemble. Les petits frères et petites sœurs des copains et copines de notre aînée sont les copains et copines du plus jeune. Ils se chamaillent très souvent, et ça peut durer longtemps - sur un trajet de 3 heures en voiture par exemple - et nous sommes souvent obligés de les séparer. On ne les voit jamais se bagarrer, ils se font des petits coups bas entre eux et puis, ils en rajoutent et en jouent.  Ils ont tous les deux du caractère et il n’y en pas un qui s’écrase.

Il arrive très souvent que la dispute se termine en rires

Le plus jeune est dans une période où il a besoin de trouver sa place et de s’affirmer. Sa grande sœur ne rate pas une occasion de lui rappeler qu’il est plus petit. C’est une source de conflits. En même temps, ils sont très complices et il arrive très souvent que la dispute se termine en rires. Ils sont très à cheval sur la propriété. Ils ont du mal avec la notion de partage, même s’ils savent que c’est bien de prêter ses affaires. L’équité est un autre sujet de discorde. On en est presque à compter les grains de riz dans l’assiette. Sur le fond, ils ont raison. On essaye de faire attention à maintenir un juste équilibre.

Les lieux d’écoute, d’information et de soutien

 

Les lieux d’accueil enfants-parents (LAEP)

En Loire-Atlantique, il existe plus de 30 lieux d’accueil enfants-parents (LAEP). Ils s’adressent aux familles et à leurs enfants jusqu’à 6 ans. Vous pouvez y venir pour passer du temps avec votre enfant et rencontrer d’autres parents dans un cadre convivial propice aux échanges.

L’École des parents et des éducateurs de Loire-Atlantique (Epe 44)

l’Epe 44 vous propose à vous, parents et familles, des solutions d’écoute, de débat et d’accompagnement, individuelles et collectives.

 

Jumeaux et Plus 44

L’association départementale Jumeaux et Plus 44 s’adresse aux familles d’enfants multiples. Elle les aide à rompre l’isolement, les informe et leur offre des moments de détente et de rencontre.

Les Relais parentaux de la Croix-Rouge

Les Relais parentaux de la Croix-Rouge accueillent les parents à court de solution avec leurs enfants. En cas d’épuisement ou de difficultés ponctuelles, vous pouvez confier votre enfant pour une ou plusieurs journées et nuits.

Association Le lieu utile

L’association Le lieu utile soutient la parentalité, aide les parents à développer leur confiance en eux et en leur enfant, encourage l’autonomie et invite les parents à partager leurs expériences.

Centre socioculturel La Mano

Le Centre socioculturel La Mano développe des actions à destination des parents et des familles : ateliers parents et enfants, accompagnement scolaire, des ateliers dédiés aux parents sur différents thèmes, notamment "Conflits dans la fratrie".

Les centres socioculturels en général

Si vous avez un centre socioculturel près de chez vous, renseignez-vous ; ils sont nombreux à proposer des rencontres et des échanges entre parents autour de la parentalité.

Vous pouvez également vous rendre sur notre agenda pour découvrir les actions ponctuelles de soutien à la parentalité qui ont lieu à côté de chez vous.

Pour aller plus loin (Livres, podcasts etc.)

Voici une liste (non exhaustive) d’ouvrages et de contenus à lire et à écouter pour aller plus loin :

Podcasts : 

Livres :

À lire sur le web :

En complément sur notre site : 

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