Comment encourager son enfant sans lui mettre la pression ?

Tous les parents souhaitent que leur enfant réussisse. Mais à quel prix ? Comment doser les encouragements pour qu’ils ne se transforment pas en pression ? Dans ce dossier, nous vous apportons des éléments de réponse, avec l’éclairage d’un psychologue, le témoignage d’une professeure des écoles et des parents qui partagent leur histoire.

Quelle est la limite entre encouragement et pression ?

Pierre Poitou est psychologue. Il travaille à la Maison des Adolescents de Loire-Atlantique.

 

Quelle est la limite entre l’encouragement et la pression ?

Il n’existe pas de recette et le dosage n’est pas facile. Chaque enfant va réagir différemment. Ce n’est pas évident pour un parent de comprendre ce qui va impacter l’enfant. Parfois ce qu’on pense être un encouragement va être vécu comme de la pression. Ce qui pour le parent ressemble à une petite colline à gravir peut être perçu comme une montagne infranchissable pour l’enfant.

À quoi peut-on être attentif alors ?

Mon curseur, en tant que psychologue, c’est la souffrance. Elle peut parfois être difficile à repérer, notamment chez les ados. Mais en tant que parent, quelques indicateurs peuvent alerter : par exemple des problèmes de sommeil, des réveils nocturnes, une perte d’appétit ou encore de la fatigue.

Cela veut-il dire qu’il ne faut jamais mettre la pression à ses enfants ?

L’éducation a évolué et de plus en plus de parents ont du mal avec l’idée de contraindre leur enfant.

On n’est pas un mauvais parent lorsqu’on oblige son enfant à se lever le matin pour aller à l’école ou à faire ses devoirs

Pourtant, le boulot du parent, c’est aussi de préparer et d’accompagner son enfant vers le principe de réalité : la vie ce n’est pas toujours rigolo et il y a des règles à respecter. On n’est pas un mauvais parent lorsqu’on oblige son enfant à se lever le matin pour aller à l’école ou à faire ses devoirs.

École : les parents mettent-ils trop la pression aux enfants ?

Alice est professeure des écoles. Elle enseigne à des élèves de CE1 dans une école publique du vignoble nantais.

 

Est-ce que vos jeunes élèves sont déjà sous pression ?

Il y a des formes de pression "naturelles", comme celle du groupe. Ça n’est pas facile d’avoir des difficultés sur un exercice ou une tâche quand ça semble facile pour la majorité de la classe. Il y a aussi la pression que les enfants se mettent eux-mêmes, avec parfois des enjeux fous pour des choses qui à nous, adultes, nous paraissent futiles.

La plupart du temps, la pression vient des parents

J’ai, par exemple, vu une de mes élèves se rendre malade parce qu’elle avait oublié sa trousse chez elle. Mais la plupart du temps, la pression vient des parents.

Quelle genre de pression exercent les parents ?

Les parents d’aujourd’hui, et ce, quel que soit le milieu social ou culturel, sont particulièrement attentifs au comportement de leur enfant. J’ai parfois l’impression qu’il faudrait que l’enfant soit exemplaire : bon élève, gentil avec ses camarades, sage comme une image etc. L’autre forte pression des parents s’exerce non pas sur les résultats scolaires mais plus sur la réussite et les capacités de l’enfant.

Certains parents vivent très mal les échecs ou les mauvais comportements de leur enfant.

Ils veulent à tout prix que leur enfant réussisse, qu’il soit plus intelligent que les autres. Certains parents vivent très mal les échecs ou les mauvais comportements de leur enfant.

Et vous, dans votre classe, comment faites-vous la différence entre encouragement et pression ?

Je suis là pour accompagner les élèves dans leurs apprentissages. Mon rôle c’est aussi de les aider à comprendre qu’ils peuvent se tromper et faire des erreurs. J’essaye d’installer une dynamique de classe autour de l’encouragement mutuel. Si un élève a des difficultés sur un sujet en particulier, je vais faire en sorte qu’un autre pour qui c’est plus facile, l’aide.

J’essaye aussi de dédramatiser certaines situations avec les parents

De mon côté, j’essaye d’encourager mes élèves aussi bien ceux qui ont des facilités que ceux qui ont des difficultés. J’essaye aussi de dédramatiser certaines situations avec les parents. Il ne s’agit pas d’ignorer ou de minimiser certains problèmes, mais de les prendre dans le bon sens pour que ça fasse avancer tout le monde.

Quels conseils pour une scolarité sans stress ?

Pierre Poitou est psychologue à la Maison des adolescents de Loire-Atlantique.

 

La rentrée scolaire et la scolarité peuvent être une source de pression ?

Oui. D’ailleurs, l’enfant peut se mettre la pression tout seul, par exemple, en se posant des questions comme  : « Est-ce que je serai dans la même classe que tel copain ou telle copine ? » ou « Est-ce que les profs seront sympas ? ». Ensuite, il y a la pression sociale de la rentrée scolaire.

Les premières années d’école sont faites pour apprendre à vivre en société et pas à devenir premier de la classe.

Très souvent, les parents, la famille et l’entourage questionnent l’enfant : « Ta rentrée s’est bien passée ? » ou « Comment ça se passe à l’école ou au collège ? » : c’est une autre forme de pression. Chez les plus petits, en maternelle notamment, certains parents voudraient que leur enfant soit directement dans les apprentissages scolaires. Ils oublient que les premières années d’école sont faites pour apprendre à vivre en société et pas à devenir premier de la classe.

Comment faire pour que la rentrée et la scolarité se passent bien ?

Cela va beaucoup dépendre de la représentation familiale de l’enseignement. Dans certaines familles, on pense que l’école ne sert à rien, dans d’autres, on mise tout sur les études et la réussite scolaire.

Lorsque c’est possible, c’est bien que les deux parents s’impliquent dans la vie scolaire de l’enfant

Cela dépend aussi de comment on est accueilli en tant que parent par l’institution scolaire, des relations qu’on installe avec le ou les professeurs. Mais d’une façon générale, lorsque c’est possible, c’est bien que les deux parents s’impliquent dans la vie scolaire de l’enfant. Cette implication conjointe peut déjà être une forme d’encouragement pour l’enfant.

Et le sport dans tout ça ?

Julien est bénévole dans le club de foot nantais où joue son fils de 10 ans.

Ça fait quatre ans que Simon, mon fils, est inscrit dans ce club. Il y joue notamment avec des copains de l’école. Nous sommes d’ailleurs plusieurs parents d’élèves à être bénévoles. Je suis un grand passionné de foot, mais Simon l’est encore plus que moi. On regarde des matchs et on va au stade ensemble. L’an dernier, lors d’un match important, Simon a raté un but et son équipe a perdu. Deux ou trois pères qui étaient au bord du terrain ont littéralement pété les plombs. Ils ont insulté mon fils et lui ont hurlé dessus. Nous avons failli en venir aux mains. Une fois l’incident clos, nous avons creusé un peu et nous avons découvert que l’un des papas qui avait crié sur Simon, mettait régulièrement des coups de pression aux enfants de l’équipe, à tel point que certains ne voulaient plus entrer sur le terrain de peur de se faire engueuler. Il a fallu que l’entraîneur intervienne et menace d’exclure le papa en question pour que la situation se tasse.

Nicolas est professeur de sport dans un collège à Redon.

J’ai fait du ping-pong pendant des années. Tous les week-ends il y avait des compétitions. Mon père était à fond. Il me préparait des repas spéciaux avec des sucres lents et des vitamines, il me montrait des vidéos de matchs et il m’entraînait quasiment tous les jours à la maison. Pendant longtemps, ça ne m’a pas dérangé. Au contraire, j’y trouvais mon compte. J’avais plutôt de bons résultats en compétition. Mon père me mettait toujours une carotte. Une console, un vélo, une paire de baskets... Je pouvais avoir ce que je voulais tant que j’étais bon. Quand j’ai eu 14 ou 15 ans, le ping-pong a commencé à moins m’intéresser et j’ai commencé à en avoir marre de faire des compétitions tous les week-end. Je me sentais stressé et complètement sous pression. À cette période, ça a vraiment pourri la relation avec mon père. Quand j’ai fini par lui dire que je voulais arrêter, ça a été terrible. "Comment ça, après tout ce que j’ai fait pour toi ? Tous les sacrifices que j’ai fait pour que tu réussisses, etc.". J’en ai beaucoup souffert, mais je n’ai pas cédé. Aujourd’hui j’essaye d’apprendre à mes élèves que l’esprit d’équipe et le dépassement de soi est plus important que la performance.

Le mot du psy :

"La pression peut entraîner du stress, et le stress est inhibiteur. Un enfant ou un ado trop stressé peut se retrouver complètement bloqué par le stress"

Pierre Poitou, psychologue.

Des lieux d’écoute et d’information

L’École des parents et des éducateurs de Loire-Atlantique (Epe 44)

Faciliter le quotidien des parents : c’est l’objectif de l’association L’École des parents et des éducateurs de Loire-Atlantique (Epe 44). Grâce à elle, vous pouvez par exemple discuter avec un psychologue du harcèlement à l’école, évoquer votre place de père lors d’une séparation, ou encore débattre des risques liés aux écrans chez les jeunes enfants. l’Epe 44 vous propose à vous, parents et familles, des solutions d’écoute, de débat et d’accompagnement, individuelles et collectives.

La Maison des Adolescents de Loire-Atlantique (MDA 44)

La Maison des adolescents de Loire-Atlantique (MDA) est un lieu d’écoute, d’information et d’accompagnement pour les adolescents. Elle s’adresse aux jeunes âgés de 11 à 21 ans. L’accès est gratuit et confidentiel.

Les Pâtes au beurre

Les Pâtes au beurre est une association en faveur de la santé des relations dans la famille. Créée à Nantes par Sophie Marinopoulos, psychologue, psychanalyste, spécialisée dans les questions de l’enfance et de la famille.

La Protection maternelle et infantile (PMI)

Le service de PMI du Département propose un accompagnement pour le suivi de votre grossesse et de votre enfant jusqu’à ses 6 ans. Vous pouvez solliciter un entretien avec une sage-femme ou une puéricultrice, à votre domicile ou dans un Espace Départemental des Solidarités (EDS) . Un médecin et une puéricultrice peuvent vous recevoir pour une consultation médicale pour votre enfant. La PMI intervient également dans les écoles ou elle propose des bilans de santé.

Les associations de parents d’élèves

Les associations de parents d’élèves permettent aux parents de participer au fonctionnement du service public de l’éducation. Elles ont pour mission la défense des intérêts moraux et matériels communs aux parents d’élèves, à travers leur participation à différentes instances que sont les conseils d’écoles, les conseils de classe et les conseils d’administration des établissements scolaires.

En fonction de l’âge de votre enfant et de votre situation familiale, vous retrouverez sur notre site, des informations et des ressources adaptées :

Vous souhaitez échanger avec d’autres parents ?

Rejoignez la communauté des parents de Loire-Atlantique sur facebook

Retour en haut de page