Harcèlement scolaire : prévenir et guérir

C’est peut-être encore présent dans vos souvenirs d’adulte. Une blague sur votre poids, une remarque sur votre façon de parler, vos vêtements... Les enfants ne sont pas tendres entre eux. Le harcèlement naît bien souvent du groupe. Plusieurs enfants se liguent contre un autre qui devient le bouc-émissaire de la classe ou de l’école. Parfois il va au-delà de la simple moquerie et, de la violence verbale, bascule vers la violence physique. Sans dramatiser, il faut être attentif aux signes qui peuvent alerter et ne pas hésiter à en parler, avec votre enfant bien sûr, mais aussi avec les équipes pédagogiques de l’école, du collège ou du lycée et les associations spécialisées. 

"Je pleurais tous les matins avant d’aller à l’école"

Lorsqu’un enfant est victime à l’école d’une violence, verbale, physique ou psychologique, de manière répétée, il ou elle ne va pas forcément en parler aux adultes. Le harcèlement peut se passer au sein de l’école, mais également sur le chemin pour y aller, dans les transports ou encore sur internet ou les réseaux sociaux. Il n’est pas toujours évident aux yeux même de l’enfant qui le subit ni même aux yeux de celui qui harcèle.

«Mon surnom, c’était Meuh »

« Ça a démarré en 5e, raconte Maïwenn, aujourd’hui âgée de 33 ans. J’étais assez timide et je n’avais pas forcément besoin d’aller vers les autres. J’avais des lunettes, une silhouette de ronde, j’étais bonne élève. Il y a eu les insultes, les vêtements qu’on me volait pendant les cours d’EPS ou que je retrouvais sous la douche. J’étais seule aux récréations. Mon surnom, c’était Meuh. Je ne l’ai pas dit à mes parents ni à mes profs mais je le vivais très mal, j’avais des angoisses et des torticolis à répétition. »  Charlotte, 19 ans, a subi du harcèlement dès le CP et jusqu’en 2nde.  « J’étais apparemment trop différente. Il y avait un garçon en particulier qui menait les autres pour me bousculer, me mettre du sable dans ma culotte, m’insulter. Je n’avais pas de copines, ou alors je servais de « bouche trou » éventuel. J’avais un coin sous le préau où j’attendais que ça passe. Je pleurais tous les matins avant d’aller à l’école. » 

"Je ne l’ai pas dit à mes parents ni à mes profs mais je le vivais très mal". Maïwenn, victime de harcèlement scolaire.

En quête de popularité 

De prime abord, les raisons du harcèlement semblent souvent fondées sur une caractéristique physique ou psychologique de la victime. Pourtant, et heureusement, tous les enfants roux, en surpoids, à lunettes ou 1ers de la classe ne subissent pas de brimades répétées à l’école. « Les deux auteurs du harcèlement étaient populaires, poursuit Maïwenn. Les autres élèves de la classe riaient ou ignoraient mais personne ne les contredisait. Ils avaient peut-être peur de leur réaction. » Pour Emmanuelle Piquet, psychologue spécialiste du harcèlement scolaire, cette quête de popularité est fondamentale dans le processus du harcèlement : « Il y a les populaires "positifs" qui le sont parce qu’ils incarnent un certain nombre de qualités attirantes et il y a ceux qui assoient leur popularité sur la crainte et la cruauté. »

"Les enfants ne se rendent pas compte"

Céline est institutrice dans le Vignoble nantais. "Je me souviens d’une petite fille qui ne voulait pas aller en récréation. Elle me disait qu’elle avait mal au ventre et qu’elle voulait rester assise à côté de moi. En creusant un peu et en me renseignant auprès des autres élèves et de mes collègues, nous nous sommes rendus compte qu’un autre groupe d’élèves dans une autre classe avait mis en place une sorte de calendrier qui déterminait qui jouait avec qui dans la cour de récré tel ou tel jour.

"Parfois, les enfants eux-même ne se rendent pas compte que ce qu’ils font peut avoir des conséquences graves". Céline, institutrice dans le Vignoble nantais.

Il y a des enfants à qui cela ne posait pas de problème, mais la petite fille en question était très malheureuse. Chaque professeur a parlé à ses élèves dans sa classe et nous avons mis fin à ce système. Mais ce n’est pas facile de faire le tri entre les jeux d’enfants, les brimades, les chamailleries et le harcèlement. D’ailleurs parfois, les enfants eux-même ne se rendent pas compte que ce qu’ils font peut avoir des conséquences graves".

Le cyberharcèlement : de la cour d’école à l’écran

Le cyberharcèlement prend sa source dans le harcèlement classique. La plupart des cyberharcelés le sont aussi dans la cour de l’école ou du collège. Snapchat, Instagram, ASK, ces réseaux sociaux ne servent que de prolongement à un harcèlement « classique » mais la viralité, l’intrusion et l’acharnement jusqu’en dehors de l’établissement accroissent la violence du rejet. La maison n’est même plus un lieu de répit. Bertrand Gardette est le co-fondateur de l’association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves. Pour lui, le cyberharcèlement est " un outil supplémentaire au service du harcèlement mais c’est un fléau car les adultes ne peuvent pas le voir, pas le prévoir. C’est instantané et radical : une réputation peut être ruinée en un après-midi. Et c’est difficile à traiter car même si les auteurs sont désolés, c’est trop tard.»

Le cas du "sexting"

C’est particulièrement problématique dans le cadre du sexting où des jeunes filles envoient des photos intimes à leurs petits amis qui les partagent. « La sensibilisation ne marche pas vraiment sur cette question, même auprès des potentielles victimes. La volonté de se mettre en scène de façon flatteuse est supérieure à la raison chez les jeunes. Ils imitent en cela les adultes, qui se mettent aussi en scène et ne savent pas décrocher de leur portable. Dans toutes les familles, il faut créer des temps sans internet, sans mobile, et montrer l’exemple. »

"Une réputation peut être ruinée en un après-midi". Bertrand Gardette, co-fondateur de l’association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves.

Mettre les élèves face à leur responsabilité

Les Ceméa (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active) interviennent dans les collèges pour prévenir le cyberharcèlement. Ils  abordent la démarche intitulée Je publie/ je ne publie pas.  Thomas Prime, enseignant et formateur aux Ceméa des Pays de la Loire met les élèves devant un cas pratique.

"Les jeunes doivent se rendre compte qu’ils peuvent publier des choses interdites ou qui feraient du mal". Thomas Prime, enseignant et formateur aux Ceméa des Pays de la Loire

Ils doivent imaginer recevoir une info ou une image via les réseaux sociaux qui peut nuire à un autre élève et se poser la question :  « Qu’est-ce que je fais dans ce cas ? » . « Je fais le pari que rien ne vaut le vécu pour sensibiliser les élèves donc je pars de situations connues. Je leur parle du droit à l’image, et j’insiste beaucoup sur la notion de consentement, qui est essentielle à plein d’autres niveaux dans la vie. Les jeunes doivent se rendre compte qu’ils peuvent publier des choses interdites ou qui feraient du mal. » 

Pas le droit à l’oubli

Les cyberharceleurs devraient peut-être se méfier. « Avec le web, on n’a pas le droit à l’oubli, note Olivier Ertzcheid, maître de conférences à l’Université de Nantes spécialisé dans l’identité numérique. On ne sait jamais ce qui sera conservé et sous quelle forme. » Le 9 juillet dernier, une proposition de loi a été votée à l’Assemblée nationale pour lutter contre la propagation des discours de haine sur internet, délit passible de poursuites judiciaires.

Quand les élèves prennent les choses en mains

Souvent, le premier réflexe quand on est parent et que son enfant est victime de harcèlement à l’école, c’est de réclamer des sanctions. Pourtant, d’autres solutions existent et certaines améliorent même  le climat et l’ambiance des établissements.

Se mettre à la place de la victime

Au collège Jacques-Prévert à Herbignac, des élèves sont formés pour aider à régler des conflits avec la médiation. « Ce n’est pas ciblé spécifiquement sur le harcèlement, précise Armelle Sandrin, conseillère principale d’éducation de l’établissement, mais cela permet de déminer des situations qui pourraient le devenir. » C’est l’association Aroéven (Association régionale des œuvres éducatives et de vacances de l’éducation nationale)qui forme chaque année les élèves et adultes du collège. Elle intervient dans plusieurs établissements de Loire-Atlantique, avec le soutien du Département.

Les Sentinelles du collège Chantenay

Au collège Chantenay à Nantes, les Sentinelles, une équipe d’élèves et d’adultes est formée à la lutte contre le harcèlement. Ensemble, ils participent à des jeux de rôles et se mettent tour à tour dans la peau d’une victime, d’un agresseur ou d’un spectateur passif.  « La graine du harcèlement scolaire est dans le groupe, où il y a toujours un bouc émissaire. Sans caution du groupe, il n’y a pas de harcèlement. Notre point de vue, c’est que ce qui a été abîmé par le groupe doit être réparé par le groupe, c’est de la résolution communautaire. », explique Max Tchung-Ming, principal adjoint du collège jusqu’à l’été dernier, à l’initiative de cette démarche. 

Responsabiliser les harceleurs et les harceleuses

Une fois formées, les élèves repèrent les situations et interviennent selon un cadre bien balisé, « auprès des victimes, et des spectateurs si le contexte le permet. ». Les adultes sont informées mais sans connaître le nom des harceleurs ou harceleuses : « C’est à la victime, si elle le souhaite, d’expliquer les détails de sa situation. Il ne faut pas faire à sa place, raconte Gaspard, 15 ans, ancien élève de 3e au collège Chantenay. Il y a différents degrés de gravité. On approfondit beaucoup les plus graves avant d’en référer aux adultes. »

La graine du harcèlement scolaire est dans le groupe, Max Tchung-Ming, principal d’un collège à Nantes.

Ensuite, deux  adultes invitent les auteurs à un entretien : « Nous partageons auprès d’eux notre préoccupation concernant le mal-être de l’élève ciblé par leurs attaques, mais sans les accuser, précise Max Tchung-Ming. Nous leur demandons leur avis sur le moyen d’y remédier. Et souvent, le harcèlement cesse. » En parallèle, des heures de vie de classe sont organisées pour sécuriser et libérer la parole. Les victimes et les auteurs sont réunis avec les élèves de leur classe. « Nous sommes en cercle pour plus de transparence, détaille Marie-Claude Panneau, infirmière scolaire à Chantenay, on attend que ça sorte. Cela ne résout pas tout mais permet de faire bouger les lignes et donne une prise de conscience à beaucoup d’élèves. »

 

Trois questions à : Emmanuelle Piquet, psycho-praticienne spécialisée dans le traitement du harcèlement scolaire

Emmanuelle Piquet, psycho-praticienne spécialisée dans le traitement du harcèlement scolaire, fondatrice du centre d’intervention en souffrance scolaire à Lyon et Paris.

Le harcèlement existe-t-il partout ?
On ne sait pas exactement car l’étude la plus globale ne concerne que 45 pays. Mais dans ces 45 pays, le harcèlement existe en effet, de façon plus ou moins intense. Dès lors qu’il y a interactions entre des individus, il n’est pas rare que la question du pouvoir se pose. Et une des façons de prendre le pouvoir sur les plus vulnérables et aussi sur le reste de la meute qui y assiste, c’est le harcèlement. Au sein des établissements scolaires, on va parler plutôt de popularité que de pouvoir, mais ce sont les mêmes mécanismes.

Comment la victime du harcèlement est-elle choisie ?
Elle est choisie pour sa vulnérabilité apparente ou pressentie par les autres, visible dans sa posture, dans son regard, dans son éventuel isolement. Le harceleur ou la harceleuse, en quête de popularité, va sentir qu’elle ou il tient éventuellement une proie et va lancer une première attaque, dont il dira si on l’interroge : "Ça va, c’était pour rigoler"; si l’enfant en face renforce son attitude vulnérable en ne répondant rien, les harceleurs vont recommencer et ainsi de suite : c’est ce qu’on appelle le cercle vicieux du harcèlement.

les parents ne doivent pas intervenir directement auprès des harceleurs et harceleuses, Emmanuelle Piquet, psycho-praticienne

Faut-il se faire aider par un adulte ?
C’est bien en effet de demander de l’aide à un adulte, mais à un adulte formé, qui saura donner les bons outils à l’enfant harcelé·e, pas faire à sa place. Pour l’instant, au sein de la communauté éducative et même chez les psys, les adultes sont formés à l’écoute et au travail de sensibilisation/moralisation des responsables de harcèlement. Selon moi, cela n’aide souvent pas suffisamment l’enfant harcelé qui, en plus, ne saura toujours pas faire si la situation se présente à nouveau. Les adultes doivent l’accompagner, mais en étant à ses côtés, pas entre lui et le monde. Et surtout, les parents ne doivent pas intervenir directement auprès des harceleurs et harceleuses : cela place leur enfant dans une vulnérabilité extrême face à ses agresseurs et au reste de ses camarades.

Quels sont les signes qui peuvent alerter ?

Les chamailleries entre enfants sont fréquentes à l’école et ne sont pas toujours signe de harcèlement. Mais ne minimisez pas pour autant les tracas de votre enfant car il risque de ne plus oser se confier en cas de problèmes. Toutefois, certains signes peuvent inquiéter. Ce sont des exemples. Chaque enfant est différent et ne réagira pas nécessairement de la même manière. 

  • Maux de tête et de ventre, manque d’appétit, torticolis ou autres blocages le dimanche soir notamment et les veilles de rentrée de vacances scolaires.
  • Chutes de notes et de niveau scolaire spectaculaires
  • Changements négatifs dans les rapports avec vous ou le reste de la famille comme les frères et sœurs. 

Que faire en cas de harcèlement ?

Les conséquences pour les enfants harcelés et victimes de violences peuvent être graves et perturber leur scolarité en entraînant une phobie ou un décrochage scolaire. Ces actes peuvent également avoir des répercussions sur le développement de votre enfant et entraîner des troubles psychologiques.

L’Éducation nationale vous accompagne

Souvent en première ligne, au contact des enfants dans leur quotidien d’élèves, les professeurs et autres membres des équipes pédagogiques des établissements sont là pour vous accompagner. Mais ils ne peuvent pas non plus tout voir et tout entendre. L’éducation Nationale a mis en place un numéro que les parents où les élèves peuvent contacter gratuitement, le 3020. Marie-Claude Michaud, référente harcèlement à l’Académie de Nantes explique : " Nous travaillons ensuite avec l’établissement, qui n’est parfois pas au courant ou dont l’action n’a pas satisfait les parents. Beaucoup d’entre eux veulent des sanctions". 

Sensibiliser les élèves

C’est vrai qu’en tant que parent il est difficile de voir son enfant souffrir. Toutefois, Marie-Claude Michaud tempère : " les élèves qui harcèlent ne sont pas tous pervers, il y a le plus souvent une action collective contre une seule cible. En fonction de la gravité de la situation, il peut y avoir des punitions graduées mais l’idée est plutôt de sensibiliser les élèves, leur faire comprendre le mal qu’ils causent, les amener à s’excuser. Mais la majorité des cas est résolue sans notre intervention. Les équipes éducatives sont montées en compétences sur ces problèmes ces dernières années. »

Des ressources en Loire-Atlantique

Outre l’Éducation nationale, plusieurs structures et associations peuvent vous soutenir et vous accompagner, vous et votre enfant, en cas de harcèlement scolaire. Vous pouvez par exemple vous rapprocher des associations de parents d’élèves. L’École des parents et des éducateurs peut vous aider à traverser cette épreuve. Si votre enfant est plus grand, vous pouvez pousser la porte de la Maison des adolescents de Loire-Atlantique.

Deux numéros d’écoute et une plateforme en ligne

  • Vous pouvez contactez le numéro vert  "Non au harcèlement" au 3020. Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés).
  • Si vous avez besoin d’informations et conseils sur le cyberharcèlement, vous pouvez contacter le numéro vert "Net écoute" au 0800 200 000.Gratuit, anonyme, confidentiel et ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h.
  • Enfin, il existe une plateforme nationale en ligne , "Non au harcèlement", qui regroupe des informations, des contacts et des actualités sur le harcèlement scolaire. 

Vous souhaitez échanger avec d’autres parents ?

Rejoignez la communauté des parents de Loire-Atlantique sur facebook

Retour en haut de page