Nos enfants sont-ils trop gâtés ?

Nous nous intéressons ici aux besoins et aux émotions de nos enfants, à l’apprentissage de la frustration, du désir et à la place de l’enfant dans la famille et dans le couple à travers les cadeaux qu’il ou elle peut recevoir. Un psychologue nous accompagne et nous aide à décrypter et à comprendre, une ludothécaire nous rappelle l’importance du jeu chez l’enfant et plusieurs parents et grands-parents apportent leur témoignage.

Besoins et émotions des enfants, culpablité des parents : décryptage avec un psychologue

Pierre Poitou est psychologue. Il travaille avec la Maison des adolescents de Loire-Atlantique. Il revient sur les émotions de l’enfant, la notion de besoin, la culpabilité des parents, le circuit de la récompense, l’apprentissage de la patience et de la frustration et la nécessité d’échanger entre parents, au sein du couple, mais aussi avec ses enfants lorsqu’ils sont plus grands.

De quoi l’enfant a-t-il vraiment besoin ?

"Si on regarde la définition du mot "gâter" dans un dictionnaire, ça n’est pas brillant. On retrouve des notions assez négatives, comme "abimer", "dégrader" ou "corrompre". Ce sont souvent les grands-parents qui, les premiers utilisent ce mot, un peu dans ce sens là, et qui rajoutent souvent "nous, on n’a pas été élevés comme ça". Ceci étant dit, on peut se poser la questions du besoin de l’enfant. Est-ce que l’enfant a besoin de tout ce qu’on lui donne, de tout ce qu’on lui apporte ?"

Comprendre les émotions de son enfant

"Les premiers besoins à satisfaire, ces sont les besoins physolioique. Prenons l’exemple de l’enfant qui réclame des bonbons ou une peluche lorsque vous l’emmenez avec vous faire des courses au supermarché.

"l’enfant va chercher instinctivement quelque chose qui l’apaise."

Votre enfant est soumis à de multiples stimulations dans une grande surface ou un centre commercial. Pour se rassurer, l’enfant va chercher instinctivement quelque chose qui l’apaise, comme par exemple le sucre, d’où la demande de bonbons ou de gâteaux ou une peluche qui fera penser au doudou."

Rassurer son enfant

"Votre enfant fait une crise au moment de passer à la caisse, il y a plein de monde, vous avez les bras chargés, pas forcément envie qu’on vous remarque. Mais il faut tout de même essayer de prendre le temps de parler à son enfant.

"Il faut rassurer verbalement l’enfant, le protéger."

Vous l’emmenez un peu à l’écart, plus au calme et vous lui expliquez que vous comprenez que ce n’est pas forcément agréable, mais qu’après on va rentrer à la maison etc. Il faut rassurer verbalement l’enfant, le protéger, le prendre dans ses bras quand c’est possible. Cela permet d’alimenter le circuit de la récompense par la réassurance plutôt que par un objet et d’instaurer des bonnes pratiques relationnelles entre parents et enfant."

 

Apprendre à dire non

"Il faut arriver à ne pas culpabiliser afin de pouvoir dire non plus facilement. Et réussir à dire non tranquillement, cela rend plus serein que de le dire avec de la culpabilité. Bien sur, ce n’est pas un moment très agréable. Pour un parent, ce n’est facile de ne pas répondre aux demandes de son enfant. Lorsqu’ils sont tous petits, les enfants ont des sensations (faim, soif) qui déclenchent des émotions, comme les pleurs.

"Il faut aussi apprendre, au fur et à mesure du développement de son enfant, à ne pas répondre immédiatement aux demandes de l’enfant."

Le parent doit y répondre pour rassurer son enfant, car un enfant n’est pas capable de réguler ses émotions. Mais, il faut aussi apprendre, au fur et à mesure du développement de son enfant, à ne pas répondre immédiatement aux demandes de l’enfant. Par exemple si votre enfant à faim, vous pouvez lui dire "je suis en train de terminer de préparer le repas, ce sera prêt dans 2 minutes". Cela permet à l’enfant d’éprouver le manque et d’apprendre le désir. D’ailleurs, très vite, c’est l’enfant qui s’approprie cette attente en vous répondant à son tour lorsque vous le sollicitez : "oui, j’arrive dans 2 minutes"."

Adolescence : s’intéresser aux centres d’intérêt de son enfant

"Souvent l’adolescence bouscule la vie familiale. Les parents sont partagés entre leurs valeurs et l’intégration de leur enfant. Les centres d’intérêt de l’ado s’éloignent des vôtres. Il ou elle se rapproche de ses pairs (les autres ados, la bande, les amis). Il ou elle veut un smartphone, des vêtements de marque etc. Les objets nous donnent l’impression d’appartenir à un groupe. Il y a aussi chez les ados, cette espèce de pensée magique infantile qui les pousse à croire que les objets peuvent les transformer. Cela fait partie de l’apprentissage social et c’est important. Au fond, les enfants savent très bien que les règles sont différentes avec les copains et copines qu’à la maison.

"Il y a aussi chez les ados, cette espèce de pensée magique infantile qui les pousse à croire que les objets peuvent les transformer."

Mais c’est normal que les ados éprouvent les règles familiales et négocient. L’autonomie des ados est un leurre. Le boulot d’un ado, c’est de se tourner vers l’extérieur, même s’il y a toujours une dépendance aux parents. Si en tant que parent, on ne comprend rien, on trouve cela stupide ou nul, il faut faire l’effort de s’intéresser aux centres d’intérêt de l’ado afin de garder un lien avec l’enfant. Car le vrai risque c’est que le lien se rompe. Les ados s’appliquent leurs propres règles et quittent l’enfance avec l’affiliation sociale qui leur est propre, et c’est cette affiliation qui fait leur dépendance au monde et à la société. Devenir adulte, c’est faire un choix relatif a ces dépendances. C’est très important, quand c’est possible, d’accompagner l’ado dans cette découverte. Les parents doivent, dans la mesure du possible, essayer de s’intéresser à ce qui intéresse leur ado, de faire un pas vers lui.

Échanger entre parents et dans le couple

Pour les parents, il est important de voir ce qui se fait ailleurs, comment font les autres parents, d’échanger, de discuter. Il faut aussi en parler dans le couple.

"Il ne s’agit pas de savoir qui a tort ou raison, mais de savoir ce qui est bon pour l’enfant."

Il ne s’agit pas de savoir qui a tort ou raison, mais de savoir ce qui est bon pour l’enfant. Ça se fait forcément avec notre bagage personnel, ce qu’on est, ce qu’on a vécu. Mais il faut adapter cela à nos enfants, parce que nos enfants ne sont pas nous.

Échanger avec d’autres parents

Pour échanger avec d’autres parents, pensez à notre agenda. Plusieurs structures organisent (virtuellement si nécessaire), des groupes de parole et de rencontre. Vous êtes également les bienvenus sur notre groupe Facebook pour poser vos questions et discuter avec les autres membres.

Vous pouvez aussi vous rapprocher directement d’associations comme Res’PPI, les Pâtes au beurre ou Histoires de parents, participer aux cafés discute ou plus proche de chez vous, vous rapprocher d’un centre socioculturel.

Ludothèques : l’importance du jeu chez l’enfant

Françoise Coulon est ludothécaire à la Maison de jeux à Nantes. Elle nous rappelle l’importance du jeu.

Pouvez-vous nous rappeler l’importance du jeu chez l’enfant ?

Il faut dissocier la notion de jeux et de cadeau, le moment de jeu de la possession d’un jeu.  Le jeu est nécessaire pour le bon développement de l’enfant, c’est un support matériel qui peut l’aider à grandir.

Quel rôle peuvent jouer les ludothèques dans cet apprentissage du jeu ?

Ça peut vite coûter très cher d’acheter des jeux pour une famille. Dans une ludothèque, les parents et les enfants peuvent se faire conseiller pour trouver et emprunter des jeux adaptés à l’âge de l’enfant. C’est également l’occasion de passer du temps en famille, ou pour les parents de faire une pause pendant que leurs enfants jouent.

Quels conseils donneriez-vous aux parents ?

Dans le commerce, on trouve beaucoup de jeux, mais ils ne sont pas forcément adaptés à l’enfant. Et parfois, les parents achètent des jeux qui, comme ça on l’air supers, mais qui n’ont aucun intérêt si on ne peut pas jouer à plusieurs. Je conseille aux parents d’acheter des jeux qui peuvent évoluer, par exemple autour d’un univers qui intéresse l’enfant (les pirates, l’espace, les dinosaures etc.), on construit avec l’enfant dans la durée, au fil des anniversaires et des autres fêtes. On joue moins bien avec plein de jouets différents qu’avec un ensemble de jouets cohérents.

Pour profiter des jeux pendant le confinement, L’association des ludothèques française (ALF) propose une plateforme en ligne sur laquelle vous pouvez à fois trouver des jeux, mais aussi en proposer.

Cadeaux en double, argent de poche... : des parents et des grands-parents témoignent

Claude à 68 ans et vit à Sévérac. Avec son mari André, ils ont 9 petits-enfants.

Nous sommes une grande famille avec des enfants et de petits enfants éparpillés un peu partout en France et même, pour certains, à l’étranger. Les fêtes de fin d’année sont souvent pour nous l’occasion de nous retrouver, et de gâter nos petits enfants.

"Il est déjà arrivé qu’un enfant ait un cadeau en double."

Nous ne voyons pas tous nos petits-enfants pour leurs anniversaires. Du coup, au moment des retrouvailles de fin d’année, nous offrons souvent des cadeaux de noël et des cadeaux d’anniversaire. Nous essayons de nous concerter avec tout le monde, mais il est déjà arrivé qu’un enfant ait un cadeau en double. Parfois nous mutualisons pour acheter un plus gros cadeau, comme un vélo par exemple. Mais nous ajoutons toujours une bricole en plus pour personnaliser.

Icham a 34 ans. Il vit à Saint-Nazaire et à deux enfants de 7 et 4 ans.

Mon père est né au Liban. Il est arrivé en France à 19 ans et a construit sa vie à la force de ses mains. Avec ma sœur, nous n’avons jamais eu de cadeaux à nos anniversaires et nous n’avons pas toujours fêté Noël à la maison. En revanche, nous avions des cadeaux en fonction de nos notes à l’école. Je me souviens que pour avoir ma première paire de baskets de marque, j’ai du travailler comme un fou au collège. Lorsque j’ai eu mon bac, mon père m’a offert le permis de conduire.

"Avec ma sœur, nous n’avons jamais eu de cadeaux à nos anniversaires."

Lorsque j’ai décroché mon premier boulot, il m’a offert ma première voiture. Parfois il lui arrivait de me donner aussi un peu d’argent, mais toujours en guise de récompense. On a toujours fonctionné comme ça, ça ne m’a pas perturbé plus que ça, au contraire, notamment quand j’étais ado, j’en tirais une certaine fierté face aux copains qui avaient des consoles ou des vêtements de marque sans rien avoir à faire en échange. Pour les un an de notre premier enfant, mon père a offert le voyage au Liban pour toute la famille. Pour lui c’était important de faire lien avec les racines. Là-bas, nous avons été reçus comme des rois. Nous avons dû racheter une valise pour ramener tous les cadeaux que la famille nous avait fait ! Aujourd’hui mon père s’est un peu adouci. Avec ma femme,nous fêtons les anniversaires des enfants et mon père s’est même déguisé en père-noël l’an dernier. Mais j’essaye de garder cette idée de transmettre des valeurs à mes enfants. Je pense que ça les aidera dans la vie, comme ça m’a aidé moi.

Anaïs a 39 ans. Elle vit à Nantes. Elle est maman de deux enfants de 5 et 2 ans. Elle est séparée de son conjoint.

Dès la naissance de notre premier enfant, les parents et d’autres membres de la famille de mon ex-conjoint, ont eu tendance à en faire trop. À chaque anniversaire, à chaque Noël, on était dans la surenchère. On avait beau dire non, on avait beau demander de réduire, de mutualiser, de préférer des cadeaux utiles ou éducatifs, rien n’y faisait. Il y a deux ans, je me suis vraiment fâchée à un Noël et j’ai demandé aux gens de repartir avec leurs cadeaux. Forcément, ça a fait des histoires.

"Je me suis retrouvée dans la position de la méchante qui privait ses enfants."

Mon ex-conjoint a essayé de m’expliquer que ça partait d’un bon sentiment, que sa famille était très modeste et que c’était important pour eux qui n’avaient pas été gâtés. Je suis resté en "froid" avec ma belle famille pendant un moment, pire je me suis retrouvée dans la position de la méchante qui privait ses enfants. Les parents de mon conjoint se sont mis à faire des cadeaux en douce. Pour plein d’autres raisons nous avons fini par nous séparer. Mais cette crispation autour des cadeaux n’a pas arrangé les choses. Maintenant que nous sommes séparés, c’est devenu un sujet de discorde entre nous. Je trouve qu’il offre trop de choses aux enfants. Le pire ça a été juste après la séparation. Je pense que pour lui, ça a été un moyen de compenser et de déculpabiliser.

Odette a 73 ans et vit à Oudon. Elle parle d’un cadeau particulier qu’elle a fait à sa petite-fille, Juliette qui a aujourd’hui 22 ans.

Pour les un an de Juliette, je lui ai tricoté un petit gilet. J’ai eu l’idée un peu saugrenue, pour chacun de ses anniversaires, de reprendre et d’adapter ce gilet à sa taille. C’est très vite devenu notre "truc". Chaque année, parfois bien avant son anniversaire, Juliette me disait quelle couleur elle aimerait bien pour compléter son gilet. Quand elle a été un peu plus grande, elle a même eu une période ou elle a m’a demandé de lui apprendre à tricoter pour pouvoir le faire avec moi.

"Ce gilet, c’est un peu comme un lien qui nous unit."

Vers ses 13 ans, ça lui a un peu passé et puis pendant deux ou trois ans, elle a un peu oublié le gilet. J’ai continué à le réparer et à l’ajuster encore quelques années et puis j’ai arrêté. Aujourd’hui Juliette est étudiante à Lille. Pendant le confinement du printemps dernier, elle m’a envoyé une photo d’elle avec le gilet qui contient toujours la plupart des parties que j’ai tricoté au fil du temps, sous la photo elle a écrit : "ma cape de réconfort". Je ne savais même pas qu’elle avait emmené le gilet à Lille. J’ai été très émue. Ce gilet, c’est un peu comme un lien qui nous unit.

Sébastien a 47 ans et vit à Indre. Il raconte comment, avec sa conjointe, ils gèrent l’argent de poche de leurs filles de 14 et 17 ans.

C’est une question que nous avons longtemps débattue avec ma compagne. Nous voulions que les filles soient un minimum indépendantes, mais nous ne voulions pas non plus qu’elles aient l’impression que ça leur tombe tout cuit dans le bec ni instaurer un système de chantage au mérite. Nous avons donc décidé de leur verser une sorte de salaire. Je m’explique : chaque mois, nous donnons aux filles une somme d’argent.

"Nous ne leur demandons pas de tout payer, mais de participer."

Sur cette somme, elles doivent reverser des prélèvements dans une cagnotte qui sert à financer une petite partie de leurs loisirs, comme les forfaits de téléphone ou les achats d’applications ou les inscriptions aux activités. Nous ne leur demandons pas de tout payer, mais de participer. Elles gèrent comme elles veulent. Par exemple, si elles ont envie de s’offrir quelque chose, elles peuvent pendant un mois ou deux, choisir de ne rien verser dans la cagnotte. Mais cela veut dire que les mois suivant, elles devront mettre plus dans la cagnotte et avoir moins de reste à vivre. À la fin de l’année nous faisons un petit bilan en famille, nous en discutons et nous ajustons les choses si besoin.

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