Dépression et post-partum, pourquoi il faut en parler et agir ?

Après une naissance, les bouleversements sont nombreux, tant sur le plan physique que psychologique. Si le post-partum est une période normale de transition, considérée comme le quatrième trimestre de grossesse, il peut parfois s’accompagner de fragilités importantes, voire d’une dépression.

Dépression et post-partum, pourquoi il faut en parler et agir ?
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Dans ce dossier

Une sage-femme de PMI vous en dit plus sur les signes qui doivent alerter et sur les possibilités d'action et de prise en charge qui s'offrent à vous. L'association Trust rappelle comment anticiper, et une maman témoigne sur la dépression du post-partum qu'elle a traversée après la naissance de ses jumelles.

Le Post-partum, c'est quoi ?

L’Organisation mondiale de la santé définit le post-partum comme une étape de transition physiologique qui débute une heure après la délivrance (expulsion du placenta) et qui, en moyenne, dure les 6 semaines suivantes.

Selon Marine Cirouge, coordinatrice de l'atelier Pause Partum de l'association T.R.U.S.T, cette définition mérite d'être élargie :

Le post-partum recouvre des réalités très diverses. À l'arrivée d'un enfant, les bouleversements sont nombreux : physiques, psychologiques, sociaux, etc. La femme change de statut et devient une mère. C'est le concept de matrescence.

Le corps a subi des modifications et il faut retrouver son fonctionnement physiologique tout en construisant le lien avec son enfant et en gérant des bouleversements hormonaux, la fatigue et la charge mentale.

C'est une période de reconstruction et de réajustements qui peut durer plusieurs années. »

  • La dépression du post-partum est une pathologie qui survient après la naissance d'un enfant. C'est grave. D'autant que 50 à 60 % des cas ne sont pas identifiés.

    En France, selon le 7e rapport de l’ENCMM (Enquête Nationale Confidentielle sur les Morts Maternelles), le suicide suite à une dépression post-natale est la première cause de mortalité maternelle dans l'année suivant la naissance.

    Valérie Phillipe, sage-femme à la Protection Maternelle et infantile (PMI) de Loire-Atlantique vous explique quels sont les signes de cette dépression et les différentes prises en charge et accompagnements possibles.

    Quels sont les signes d'une dépression post-partum ?

    On peut ressentir un sentiment de tristesse général, de découragement, mais aussi de culpabilité. On peut aussi avoir un manque d'appétit, des troubles du sommeil, un manque d'intérêt pour le bébé. Il peut y avoir une aggravation lorsque le soir arrive, avec de l'anxiété et une agressivité centrée sur le bébé, avec l'impression de ne plus être capable et de ne pas avoir de plaisir à remplir son rôle de mère. Il existe certains facteurs aggravants, comme l'isolement, des antécédents de troubles psychiques ou des parcours de vie difficiles.

    Que faut-il faire ?

    Une prise en charge médicale rapide est nécessaire auprès d'une sage-femme et d'un médecin. La dépression peut avoir un impact négatif sur le développement de l’enfant et sur les interactions avec sa mère, mais aussi impacter la relation du couple.

    L’entourage est primordial. Cela concerne le co-parent, les proches, les associations de soutien à la parentalité. Le plus important, c’est de rester en lien avec la mère et de pouvoir orienter vers les bonnes personnes et les prises en charge adéquates.

    Il existe certains outils, comme l'échelle d'Edimbourg qui permet de poser un premier diagnostic et qui peut être utile pour évaluer l'état psychique de la personne. Cette échelle est disponible en ligne.

    Ne pas confondre Baby-blues et dépression

    Le Baby-blues est une réaction passagère qui s’explique par une chute hormonale importante, mais aussi par une augmentation du stress, le manque de sommeil et la recherche de nouveaux repères.

    Le Baby blues survient en général dans la semaine après l'accouchement. Les symptômes se manifestent par de l’irritabilité, de l’anxiété, des sautes d’humeur, mais ne doivent pas être confondus avec une pathologie.

    Ils s’estompent d’eux-memes dans les 10 jours.

    L'entretien prénatal précoce et l'entretien postnatal

    Ces deux entretiens sont obligatoirement proposés.

    L'entretien prénatal précoce se fait après la déclaration de grossesse. C'est un échange privilégié avec votre sage-femme ou votre médecin pour poser toutes les questions sur le suivi de grossesse, la préparation à l’accouchement, mais aussi sur vos envies et vos craintes et sur le changement de vie que provoque l’arrivée d’un bébé.

    L'entretien postnatal est proposé à la mère et au co-parent entre la 4ème et la 8ème semaine après l'accouchement. Il s'agit d'une rencontre avec un médecin ou une sage-femme pour évoquer vos ressentis, évaluer vos besoins, vous orienter en fonction de ceux-ci vers des professionnels et des associations qui pourront vous apporter soutien et réassurance.

  • Gwenn a eu des jumelles en 2022. Elle raconte sa dépression post-partum.

    Lorsque nous avons appris que c'était une grossesse gémellaire, nous étions très heureux ! Choqués évidemment car c'était une annonce inattendue, mais heureux. Nous étions cependant très inquiets car nous savions que ça allait être une grossesse à risque.

    En parallèle, cela entraînait des difficultés matérielles, notamment la nécessité de trouver un nouveau logement, qui sont venues s'accumuler avec une grossesse déjà assez stressante. J'avais des rendez-vous tous les quinze jours pour des échographies de contrôle. À chaque fois, j'appréhendais et j'avais peur qu'on m'annonce une mauvaise nouvelle.

    J'étais suivie à la PMI par une sage femme qui m'a énormément soutenue au quotidien. Grâce à elle, j'ai notamment pu rencontrer une puéricultrice qui avait eu des jumeaux et qui était formée à l'allaitement. J'avais très à cœur d'allaiter, mais j'avais peur qu'avec des jumeaux ce soit compliqué. J'ai pu également me rapprocher de l'association Jumeaux et plus 44.

    « Je n'étais pas préparée du tout à vivre ça. »

    J'ai accouché en juillet 2022, une semaine après avoir déménagé. L'accouchement s'est bien passé, mais les jumelles étant prématurées, elles ont dû être mises en couveuses. Elles sont nées à 18h et je n'ai pu les voir qu'à 22h30. Ça a été terrible. Je culpabilisais énormément. Lorsque j'ai pu les voir, elles étaient branchées de partout. C'était horrible. Ça n'était pas comme ça que j'avais imaginé notre rencontre. Entre la culpabilité et la chute d'hormones, la mise en route de l'allaitement a été compliquée.

    « J'ai enfin pu m'occuper plus de mes bébés »

    Nous sommes restés trois jours dans le service néonatalogie du CHU de Nantes avant d'être transférés à Châteaubriant qui était plus près de chez nous et qui avait un service néonatalogie plus adapté, avec un lit pour moi et un lit d'appoint pour mon conjoint dans la chambre des enfants.

    J'ai pu faire ce que je n'avais pas encore eu l'occasion de faire : les changer, donner le bain, etc. Nous sommes restés là-bas pendant trois semaines. J'étais partagée entre le soulagement d'être entourée de professionnels et l'angoisse de devoir bientôt gérer seule à la maison.

    « J'en ai pleuré de fatigue et j'ai hurlé dans la voiture »

    Mon conjoint avait tout préparé pour le retour à la maison. Nous avons commencé à essayer de trouver une routine à installer. Mais c'était compliqué. J'étais dans un logement que je ne connaissais pas. L'allaitement fonctionnait, mais avec deux bébés, c'était épuisant. Mon conjoint travaillait de nuit et il a repris le travail. Je devais faire beaucoup de choses seule.

    J'avais accepté que mes filles fassent partie du Réseau Grandir Ensemble pour un protocole de recherche sur la prématurité. Je devais me rendre souvent à l'hôpital de Châteaubriant pour des examens. Il me fallait environ 30 minutes de route pour m'y rendre et j'étais si épuisée qu'il m'arrivait de somnoler au volant. Tout devenait dangereux autant pour mes enfants que pour moi.

    « Sur la route, j'ai eu des pensées suicidaires. »

    Un jour je suis arrivée en retard à un rendez-vous médical que j’ai pris ailleurs que chez mon médecin traitant, faute de places disponibles. Une couche débordante ou un allaitement de dernière minute m'avait fait perdre du temps. J'ai eu du mal à trouver une place pour me garer, sortir la poussette et les cosys me paraissait relever d'une organisation monumentale que je n'étais pas capable d'assurer. Bref, je m'étais mis une pression énorme.

    À cause de mon retard, le médecin ne m'a pas attendue et j'ai trouvé porte close. Quand je suis rentrée à la maison et que mon conjoint m'a vue dans cet état, il m'a immédiatement dit d'appeler la sage femme qui me suivait à la PMI.

    « Je suis quelqu'un qui a besoin de solitude, de laisser cheminer mes pensées. »

    Elle est arrivée 10 minutes plus tard. Quand elle a vu dans quel état j'étais, elle m'a dit « je ne pars pas tant que vous n'avez pas appelé votre médecin traitant pour prendre rendez-vous ». Mon médecin m'a mise sous antidépresseurs et sous anxiolytiques et j'ai été suivie par un psychologue. Il a aussi signé un arrêt de travail pour mon conjoint.

    À cause des médicaments, j'ai dû arrêter l'allaitement. Ça été une énorme déception. Mon conjoint étant habitué à travailler la nuit, il a pu prendre le relais. De pouvoir un peu me déconnecter des pleurs et des bruits a été un soulagement.

    « J'avais oublié d'être une femme »

    La femme de mon père m'a proposé de venir me chercher pour que j'aille passer quelques temps chez eux. Ça m'a fait du bien. J'ai pu avoir un peu de temps pour moi, mais aussi voir mes proches et des amis. J'ai pu aussi prendre un peu de recul.

    J'ai contacté l'association Maman Blues, je me suis renseignée sur les réseaux sociaux. De voir que ça arrive à tout le monde m'a fait du bien. Je m'étais mis une pression énorme pour être un parent parfait.

    Un peu plus tard, j'ai pu avoir deux places en crèches, de façon ponctuelle. Mais avoir des moments pour moi, de pouvoir respirer et souffler m'a fait un bien fou.

    En parallèle du traitement médicamenteux, j'ai également été suivie par un psychologue à la maternité de Châteaubriant. »

    « J'essaye d'être transparente sur mes fragilités. »

    Un an après la naissance, j'ai commencé à aller un peu mieux. J'avais pris un congé parental le temps de me remettre. J'ai pu reprendre le travail ce qui m'a beaucoup aidée. De son côté, mon conjoint à changé de travail et nous avons dû redéménager.

    Aujourd'hui, je suis en sevrage médicamenteux. J'ai une relation très fusionnelle avec mes filles. Je conseille vraiment d'aller frapper aux portes des associations. C'est là qu'on trouve des gens qui ont vécu ou qui vivent la même chose que vous et qui peuvent vous aider à trouver des réponses.

    Pour moi, la PMI a également été d'un très grand secours. Il est essentiel d'être bien entourée. Pas forcément par ses proches, mais par les bonnes personnes. »

  • Sortir les femmes de l'isolement

    Pour Valérie Philippe, sage-femme à la Protection Maternelle et infantile (PMI) de Loire-Atlantique, la prévention de la dépression post-partum est un enjeu de santé publique majeur :

    Il est vital de sortir les femmes de l'isolement et de rapidement repérer les signes d'alerte. Mettre un entourage de protection autour de la future mère et de la mère peut être un bon début. Si on a des antécédents ou des fragilités, c'est bien de penser à se faire suivre de plus près. »

    Bien s'informer

    Et pour mieux prévenir, il est essentiel d'être bien informé. Lucie Cantereau, infirmière diplômée d'état a réalisé une étude sur la prévention de la dépression post-partum en Loire-Atlantique dans le cadre de son Master en santé publique.

    Elle a été à la rencontre de professionnelles et professionnels de santé, mais aussi de mères.

    La dépression post-partum est bien identifiée, mais souvent on en entend parler quand tout va bien et on n'a pas toujours conscience que ça peut arriver. Le diagnostic est d'autant plus difficile que les symptômes sont liés à ce qu'on peut ressentir lorsqu'on devient parent, avec l'impression de ne pas avoir le mode d'emploi et d'être dépassée. L'autre difficulté est liée aux signes qui ne se manifestent pas toujours de la même façon suivant les cas. »

    Aide à domicile

    Pour vous aider, vous pouvez solliciter l'intervention d'une aide à domicile. C'est un professionnel ou une professionnelle qui vient vous soutenir de façon temporaire, à votre demande, lorsque vous faites face à des difficultés ponctuelles.

    « Nous avons eu l'aide d'une technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF). Au-delà du coup de main, ça a été une superbe rencontre humaine qui m'a fait beaucoup de bien. », raconte Gwenn.

    En savoir plus

  • À imprimer ou a conserver en capture d'écran sur son téléphone

    Marine Cirouge de l'association T.R.U.S.T rappelle qu'une bonne préparation permet de réduire les risques de dépression.

    À partir de son témoignage, nous avons construit une liste de choses à faire pour bien se préparer.

    • S'informer avant et pendant la grossesse et ne pas présumer des réponses. Il n'y a pas de question bête.
    • La maman peut se préparer, par exemple en faisant attention à ce qu'elle mange, ce qu'elle boit. Mais aussi en se créant des petites bulles de respiration comme une chanson à écouter, une petite balade à faire.
    • Anticiper la préparation des repas (faire le plein d'épicerie, mettre des plats au congélateurs, demander aux proches d'apporter à manger, etc.)
    • Faire une liste de toutes les ressources qu'on peut mobiliser : associations, aide à l'allaitement, sage-femme, médecin, psychologue, proches, etc. pour avoir les contacts sous la main en cas de besoin.
    • Communiquer et discuter en amont avec l'autre parent : qui va faire les nuits ? Qui s'occupe de faire les courses, le ménage, les tâches administratives, etc.
    • Communiquer en amont avec ses proches, sa famille, préparer les gens à faire attention à la maman. Le rôle du co-parent et des proches, c'est vraiment de dire à la maman : « Je comprends, je t' écoute et je suis là, même si c'est parfois difficile de ne pas se projeter avec son propre vécu. »
    • Organiser son domicile pour être prêts (par exemple, prévoir d'avoir de quoi changer le bébé à portée de main, d'avoir du stock de couches, etc.)
    • Une fois que le bébé est là, privilégier des temps de visites courts.
    • Ne pas hésiter à demander de l'aide et surtout le pas rester seule face aux difficultés.

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