Comment protéger son enfant ou son ado de la pornographie ?
Chaque mois, 2,3 millions de mineures et de mineurs fréquentent des sites pornographiques. Un chiffre qui a augmenté de 36 % entre 2017 et 2022. Quelles sont les conséquences sur leur perception de la sexualité ? Comment protéger et accompagner vos enfants ?
Dans ce dossier, le Planning familial et des parents partagent leurs témoignages et apportent des éléments de réponse. Vous trouverez également des conseils de lecture, des vidéos, des podcasts et des sites ressources pour vous aider à mieux comprendre et à mieux accompagner votre enfant.
Décryptage avec Caroline Françoise
Caroline Françoise est conseillère conjugale au Planning Familial de Loire-Atlantique.
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Caroline Françoise, conseillère conjugale au Planning familial, répond à nos questions.
Le Planning familial intervient notamment au sein des établissements scolaires. Quel rapport à la pornographie ont les jeunes avec qui vous avez pu en discuter ?
Ils savent que ça ne correspond pas à la réalité et, souvent, ils ont tendance à banaliser et pensent qu'ils peuvent consommer du porno sans que ça ait un quelconque impact. Nous essayons de détricoter les choses avec eux. Nous évoquons la réalité des corps, le consentement ou encore les pratiques sexuelles et l'idée de performance. L'idée c'est vraiment de faire la différence entre le porno qui montre souvent une sexualité mise en scène, jouée par des actrices et des acteurs et la réalité.
Quels sont les risques pour les jeunes qui consomment de la pornographie ?
Il y en a plusieurs. Le premier c'est d'avoir des pratiques à risques. Le préservatif est rarement valorisé dans les films pour adultes. L'autre problème majeur, c'est le rapport au consentement. Le porno véhicule souvent une certaine forme de violence et des rapports qui se font dans la violence. Le risque c'est d'avoir une vision déformée du consentement et de s'imaginer que la violence fait partie intégrante des rapports sexuels. Il y a également une déformation de la vision du corps de l'autre et de la notion de plaisir. Le porno est rarement tourné vers le plaisir de la femme. Et puis, il y a le passage à l'acte qui peut être brutal et traumatisant entre l'idée qu'on s'en est faite en regardant des vidéos porno et la réalité.
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Adrien a 44 ans, il est le papa de Pablo, 14 ans. Il témoigne :
Ça fait longtemps que l'accès au porno me pose question. Dès que Pablo a eu une dizaine d'années, que des copains et des copines ont commencé à avoir des smartphones autour de lui, qu'il a commencé à aller sur internet tout seul, c'est quelque chose qui m'a angoissé. D'autant plus que je ne voyais vraiment pas comment aborder la question avec mon fils. Je ne voulais pas avoir l'air de ce père un peu cool qui devient le copain de son fils, mais je ne voulais pas non plus être un papa coincé pour qui ce sujet serait tabou.
J'en ai parlé autour de moi et des amis qui ont un fils de 22 ans que Pablo adore, m'ont proposé que ce soit lui qui en discute avec Pablo. J'ai discuté un peu avec le fils de mes amis et puis je lui ai laissé carte blanche avec Pablo. Je ne sais pas précisément de quoi ils ont parlé, mais je sais qu'ils ont abordé le sujet. Ça me rassure énormément de savoir que mon fils a un interlocuteur pour l'écouter et le guider sur ce sujet là.
Comment, en tant que parent, peut-on accompagner et protéger ses enfants ?
L’avis de Caroline Françoise :
D'abord rappeler le cadre légal : la pornographie est interdite aux moins de 18 ans. Ensuite, je pense qu'il faut laisser sa porte ouverte, montrer qu'on est prêt ou prête à en discuter. Le rôle de l'adulte n'est pas de faire la morale ou de dramatiser. Tout dépend de la place de l'éducation à la sexualité dans la famille. Tout le monde n'est pas à l'aise pour parler de ces sujets là. Le plus important c'est de dire à son enfant qu'il existe des lieux où on peut en parler librement.
Chiffres clés sur la fréquentation des sites adultes par les mineurs
- 12%
de l’audience des sites pour adultes est réalisée par les mineurs
- 2,3 millions
de mineurs fréquentent des sites pour adultes chaque mois (soit 30% d'entre eux)
- +36%
progression du nombre de mineurs fréquentant ces sites chaque mois, entre 2017 et 2022
- +51%
des garçons de 12 à 17 ans fréquentent des sites pour adultes (environ 30% des filles)
- 75%
des mineurs consultent ces sites exclusivement depuis un téléphone portable.
Source : chiffres issus d’une étude produite par l’Arcom en mai 2023 et basée sur les données d’audience internet de Médiamétrie.