Comment parler d'argent aux enfants ?

Que ce soit le salaire des parents, l'argent de poche ou un premier revenu, la valeur et la gestion de l'argent sont des sujets qu'on peut aborder en famille. Il est essentiel d'accompagner son enfant dans la compréhension de ces notions, puis le temps venu, dans la gestion de son argent en autonomie

Comment parler d'argent aux enfants ?
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Dans ce dossier, une maman raconte ce qu'elle a mis en place avec ses trois enfants et un papa se souvient que son fils a perdu pied avec son premier salaire. Vous trouverez également des informations utiles, des conseils et des ressources pour aider vos enfants à construire une relation saine avec l'argent.

  • Aborder l’argent en famille permet de donner des repères clairs. L’argent n’est pas seulement un moyen qui permet d'acheter des choses : il renvoie aussi à des notions de choix, de responsabilité, de valeur, d’attente et parfois de frustration.

    En en parlant avec vos enfants, vous les aidez à mieux appréhender cette notion, parfois taboue, et souvent très abstraite chez les plus jeunes. Un dialogue essentiel à l'heure où l'argent est de plus en plus dématérialisé (carte bancaire, paiement par téléphone) et perd de son aspect concret.

    En parler en famille dès que votre enfant est en âge de comprendre permet non seulement d'asseoir les bases d'un rapport sain avec l'argent, mais aussi de donner petit à petit des repères qui aideront votre enfant à gérer son propre argent lorsqu'il sera autonome.

    Entre 3 et 6 ans

    L'enfant découvre l’argent de manière concrète. Il comprend progressivement que les objets ont un prix et que l’on ne peut pas tout acheter. Les jeux d’imitation, la manipulation de pièces ou billets et la participation aux achats du quotidien, comme les courses alimentaires ou les vêtements, peuvent être des supports pour introduire la notion d'argent. Par exemple, vous pouvez laisser l'enfant donner l'argent pour acheter le pain à la boulangerie. Un billet ou des pièces rendront les choses plus concrètes qu'un paiement par carte bleue ou smartphone. En plus, il récupérera de la monnaie ce qui permettra d'aborder la notion du coût des choses et du calcul.

    Entre 7 et 12 ans

    L’enfant est capable de se projeter davantage dans le temps. Il peut gérer de petites sommes, commencer à apprendre à épargner pour un projet d'achat ou d'activité et faire des choix entre plusieurs envies. L’argent de poche peut être introduit et devenir un outil éducatif, à condition d’être accompagné par les parents.

    De 13 à 18 ans

    L’adolescence marque une étape importante vers l’autonomie financière. Le jeune peut apprendre à gérer un budget, utiliser des moyens de paiement et percevoir un premier revenu. Les parents jouent un rôle clé en expliquant les règles, en posant un cadre, mais aussi en laissant une marge d’expérimentation.

  • À l'école, les calculs à partir des euros démarrent en général en CP-CE1. Cela peut être le bon moment pour commencer à donner de l'argent de poche à votre enfant, pour faire le lien avec ce qu'il est en train d'apprendre.

    Donc vers 6 ou 7 ans, on peut commencer à donner de l'argent de poche. Cette démarche doit être accompagnée par les parents. Donner de l’argent n’est jamais neutre dans la relation familiale. Il peut soutenir l’autonomie mais aussi devenir un levier de négociation ou de tension. Clarifier les règles, expliquer les choix et maintenir le dialogue permet d’éviter les malentendus.

  • Julie vit à Vallet. Elle a trois enfants de 9, 11 et 14 ans.

    Sur internet, nous avons trouvé un système qui nous a paru intéressant. Chaque enfant a sa propre tirelire, mais ils ont aussi une tirelire commune qui leur permet de financer une activité ou un jouet qui leur servirait à tous les trois. Nous avons mis ça en place dès que l'aîné a eu de l'argent de poche et ce, même si son frère n'en avait pas encore. Et nous avons fait la même chose lorsque le troisième est arrivé. Ça nous semblait important qu'ils comprennent, d'une part la notion de solidarité, et d'autre part l'idée qu'en épargnant à plusieurs, ils pourraient plus rapidement réunir une somme plus importante – à condition d'être d'accord sur quoi faire de cette somme ensuite. Nous leur avons également interdit de se prêter de l'argent entre eux, pour ne pas faire d'histoires.

    Quand ils ont grandi, nous avons aussi ajusté l'argent de poche. C'est important qu'ils comprennent que quand on est plus grand et plus autonome, on peut avoir un peu plus d'argent de poche. Nous avons aussi très rapidement associé l'argent de poche à l'accomplissement de tâches et de missions. Nous avons exclu certaines tâches du quotidien qui pour nous sont normales et non monnayables (mettre la table, ranger sa chambre, aider au ménage etc.), mais nous avons, par exemple, dit à notre aîné que s'il tondait la pelouse, il pourrait avoir de l'argent de poche en échange.

    « Nous avons limité les options de sa carte et de son compte bancaire »

    Aujourd'hui, le plus grand a une carte bancaire. Nous avons attendu qu'il ait 14 ans. Nous lui versons une somme sur son compte tous les mois. C'est lui qui gère son budget, avec notre aide si besoin. Il ne peut pas faire de virement ou en recevoir. Il ne peut pas faire d'achat sur internet et nous recevons des notifications à chacun des paiements effectués. Nous avons aussi accès à son compte.

    C'est bien pour lui, mais aussi pour ses petits frères qui peuvent participer lorsque nous faisons le point et établissons un budget avec lui. Nous avons aussi ouvert un livret à chacun de nos trois enfants. C'est nous qui l'alimentons, soit nous-mêmes, soit avec l'aide des grands parents. Ils sont au courant qu'il existe, mais n'y ont pas accès. Nous ne savons pas encore vraiment ce que nous allons en faire. Pour l'instant on se dit que ça leur fera un petit pécule au moment de leur majorité et que ça pourra servir pour financer le permis de conduire ou une partie des études.

  • Gilles vit à Nantes. Il a un fils de 22 ans.

    Notre fils a passé le BAFA à 16 ans et il a commencé à travailler comme animateur à 17 ans. L'idée de base était, en plus de découvrir un métier et le monde du travail, qu'il gagne en autonomie en s'occupant d'autres enfants, mais aussi qu'il finance en partie son permis de conduire avec son premier salaire. Nous trouvions l'idée bonne, d'autant que la gestion d'un budget fait partie du rôle des animateurs. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu.

    « Lorsqu'il a eu son premier salaire, notre fils a perdu pied. »

    Il n'avait jamais eu une aussi grosse somme rien qu'à lui. Il s'est acheté une paire de baskets et un nouveau téléphone sans nous en parler. Quand nous avons abordé le sujet, il nous a dit « c'est mon argent, j'en fais ce que je veux. » Le deal n'était pas respecté, nous avons donc remis le nez dans son compte bancaire, pris rendez-vous avez la banque et mis des restrictions sur l'usage de son compte. Il a alors donné le relevé d'identité bancaire d'un copain majeur pour se faire virer son deuxième salaire et avoir accès à son argent comme il le souhaitait. Mais c'est interdit par la loi. Le nom du salarié doit être associé au compte bancaire. Il n'a pas eu le choix. De notre côté, nous lui avons dit que nous ne participerions plus comme prévu au financement de son permis de conduire.

    « Si c'était à refaire, je ne suis pas sûr que nous lui laisserions la main sur son premier salaire. »

    Nous étions confiants car nous avons toujours abordé sereinement les questions autour de l'argent et de la valeur des choses. Nous avons souvent discuté de la gestion du budget, sur les dépenses à prévoir, sur l'idée qu'il fallait mieux attendre la fin du mois et d'être sûr d'avoir payé toutes ses factures avant de se faire plaisir, mais nous avions sous-estimé la frustration accumulée au fil des années. Nous avions aussi sous-estimé l'effet de groupe. C'est avec des copains qu'il a acheté ses nouvelles baskets et son téléphone.

Compte et carte bancaire : à partir de quel âge ?

  • Un compte bancaire peut être ouvert au nom d’un enfant dès la naissance avec l’accord des parents (livret, compte jeune).
  • Il faut avoir 18 ans pour pouvoir ouvrir un compte bancaire sans l'accord de ses parents.
  • Une carte bancaire est généralement proposée à partir de 12 à 14 ans dans les banques traditionnelles, avec autorisation systématique des parents.
  • Des solutions alternatives existent : banques et applications spécialisées (Pixpay, Kard, Revolut <18) accessibles dès 8 à 10 ans, avec contrôle parental, plafonds et suivi des dépenses.

Attention aux achats en ligne

Depuis un téléphone ou un ordinateur on peut facilement effectuer des achats en ligne ou via des applications.

  • Si votre enfant a un téléphone, veillez à bien verrouiller les accès, notamment aux plateformes de téléchargements et d'achats d'applications (Google Play et Apple store).
  • Si votre enfant utilise l'ordinateur de la maison, veillez à bien restreindre les accès à vos comptes d'achats en ligne.

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