Comment inciter les enfants à participer à la vie de famille ?

Des tâches quotidiennes au choix d'un jeu à faire ensemble ou d'une visite à organiser pendant le week-end, la participation des enfants à la vie de famille est importante pour leur développement. L'apprentissage de l'autonomie, mais aussi de la démocratie et de la vie citoyenne passe par là.

Comment inciter les enfants à participer à la vie de famille ?
© Christiane Blanchard / Département de Loire-Atlantique

Dans ce dossier

Virginie Lasserre, responsable de la Maison des familles à Saint-Herblain rapporte comment certains freins peuvent être levés. Pierre Poitou, psychologue à la Maison des ados rappelle les limites et la nécessité de poser un cadre. Une maman raconte ce qu'elle a mis en place à la maison pour que chacun participe et trouve sa place.

  • Sophie vit à Rezé et est maman de deux garçons de 9 et 12 ans.

    « Pour nous, c'est très important que les enfants participent. »

    C'est un vrai numéro d'équilibriste car, dans les faits, ils ne peuvent pas participer à toutes les décisions. Je pense par exemple à notre aîné qui nous a dit un jour qu'il voulait arrêter le collège... ou au plus petit qui nous a dit qu'il n'était pas d'accord pour que nous fassions des travaux car nous n'aurions plus d'argent pour partir en vacances !

    Nous avons plusieurs temps de discussion dans l'année. Chaque vendredi nous nous réunissons en fin de journée - souvent pendant ou après le dîner, pour définir un peu qui fera quoi la semaine suivante. Nous avons mis en place des « rôles ». Il y a, par exemple, le « ramasseur de linge », le « videur de vaisselle », le « roi de l'aspirateur » ou le « chef cuistot ». Chacun – nous compris – doit s'en approprier un ou plusieurs pour la semaine. On peut aussi choisir de jouer un rôle à plusieurs.

    Sur un tableau affiché dans la cuisine, nous avons un système d'aimants avec une couleur différente pour chaque « rôle » par dessus lesquels on peut venir aimanter notre photo. Comme ça on sait qui fait quoi et quand – et ça donne parfois lieu à de longues négociations, notamment entre les enfants.

    Ça permet à tout le monde de participer sans faire la même chose d'une semaine à l'autre. On a le droit d'échanger une seule fois un rôle avec quelqu'un d'autre, ce qui apporte un peu de souplesse sans que ce soit le bazar.

    « On ne jette pas toutes les idées non retenues à la poubelle. »

    Nous avons aussi quelques temps de discussion plus exceptionnels. Par exemple, en janvier nous prévoyons un temps pour choisir ce que nous allons faire pendant les vacances d'été. Nous avons fait évoluer le système au fil du temps. Nous nous sommes rendu compte que si on leur demande directement où ils veulent aller en vacances pendant l'été, c'est souvent hors budget ou alors c'est au même endroit que l'année précédente. Nous fixons donc quelques limites comme une distance ou un temps de trajet maximum depuis la maison, l'obligation de changer de lieu etc.

    Quand ils ont une idée, on essaye d'aller plus loin. On demande pourquoi ils aimeraient aller là-bas, pour faire quoi ? Combien de temps ? Etc. Cela nous permet d'argumenter et de construire le débat. Ça nous est arrivé de dire « on garde cette idée pour plus tard quand on aura plus de sous, ou plus de temps ». Ça nous permet aussi d'expliquer que certaines choses sont exceptionnelles et que s'ils veulent que ça se reproduise, il faut aussi accepter de partir moins loin ou moins longtemps l'année d'avant.

    Au printemps, nous avons un autre temps d'échange autour des activités – les nôtres, comme les leurs : qui continue, qui veut changer et pourquoi, etc. ? »

    « Pour nous, c'est chouette aussi, car cela nous oblige à nous mettre à leur hauteur. »

    D'une façon générale, ça fonctionne bien. Au-delà du fait que les enfants se sentent impliqués, ça leur apprend plein de choses : débattre, argumenter, négocier, mais aussi compter des quantités et découvrir des produits quand ils préparent à manger. Mais ça leur apprend aussi que parfois, c'est à nous parents de prendre des décisions ou d'arbitrer.

  • Les conseils de Pierre Poitou, psychologue

    Pierre Poitou est psychologue à la Maison des adolescents (MDA) de Loire-Atlantique.

    Je pense qu'il est nécessaire de bien faire la différence entre donner la parole et donner le pouvoir. Chacun peut avoir droit à la parole, mais la prise en compte du désir de chacun n'aura pas le même poids entre les enfants et les adultes.

    Les enfants ont besoin qu'il y ait un pilote dans l'avion. Des jeunes enfants ne seront pas forcément à l'aise avec la possibilité de choisir ou de décider. Pour les plus grands, ce ne sera pas forcément évident d'exprimer leurs désirs et leurs envies. D'où la nécessité de poser un cadre qui soit reconnu et accepté par tout le monde dans la famille. Certaines choses peuvent se discuter et d'autres pas. Il faut que ce soit clair, sinon ça risque d'être source de conflit.

    C'est quelque chose qui peut s'ajuster en fonction de l'âge et de la maturité des enfants.

  • Virginie Lasserre est responsable de La Maison des Familles - Nantes/Saint-Herblain. Ce lieu d’écoute et de partage accompagne les parents dans leur rôle éducatif et permet à certaines familles de rompre l'isolement. La Maison des familles organise notamment des temps d'échange entre parents et des ateliers de cuisine.

    À la Maison des familles, tout va être support pour que chacun participe. Le mardi matin, avec les petits, le rangement de l'espace de jeu fait partie de l'activité. Cela permet aux parents de voir que ça peut se faire assez naturellement et qu'en plus, cela aide l'enfant à passer à une autre activité. C'est pareil sur le temps du repas. Les enfants, mêmes petits, sont acteurs.

    « Cela demande parfois un petit effort aux parents. »

    Les parents doivent accepter qu'il y en ait un peu partout. Mais cela permet aussi de donner un peu de responsabilité à chacun. Pour l'organisation d'un séjour, nous avons fait un premier temps avec les parents, puis second autre avec les enfants pour qu'ils puissent s’exprimer aussi. À la fin des ateliers, nous demandons souvent aux enfants ce qu'ils en ont pensé. Parfois les parents peuvent être surpris, mais ces temps d'échange permettent de modéliser des situations que les parents pourront reproduire chez eux. De le montrer et de le partager, ça peut aider à lever certains freins et à donner à chacun une place et un droit d'expression dans la famille.

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