À partir de quand peut-on laisser son enfant seul à la maison ?

C'est une grande étape pour les enfants comme pour les parents. Une prise d'autonomie qui valorise l'enfant et favorise une relation de confiance. À condition que cela se fasse au bon moment, lorsque l'enfant et les parents sont prêts et que cette étape se passe dans un cadre sécurisé pour tout le monde.

À partir de quand peut-on laisser son enfant seul à la maison ?
© Coralie Monnet / Département de Loire-Atlantique

Dans ce dossier

Deux parents racontent comment ça s'est passé chez eux et Géraldine Prioux, psychologue à l'École des Parents et des Educateurs (EPE 44) donne quelques clés pour franchir ce cap en douceur.

  • Géraldine Prioux, psychologue

    Géraldine Prioux est psychologue. Elle travaille notamment avec l'École des Parents et des Educateurs de Loire-Atlantique (EPE 44).

    Comment savoir si son enfant est prêt à rester seule ou seul à la maison ?

    C'est un peu l'enfant qui va donner les premières clés. C'est en discutant avec lui et en l'observant qu'on va pouvoir déterminer s'il est assez autonome, s'il se sent prêt et s'il a envie de rester seul. L'idée c'est vraiment de se mettre à sa hauteur et au diapason de ses envies et de ses capacités.

    Et si ce sont les parents qui ne sont pas prêts ?

    C'est bien d'en parler avec l'enfant. Lui dire qu'on a entendu sa demande mais qu'on n'est pas encore prêt à franchir ce cap, qu'on a encore besoin de cheminer sur cette question-là.

    À quel âge peut-on laisser son enfant seul ?

    Les spécialistes déconseillent de laisser son enfant seul avant 8 ans. Certaines et certains préconisent même d'attendre 10 ans. On peut donc établir une fourchette entre 8 et 10 ans pour les premiers moments seul. Chaque parent est responsable de la sécurité de son enfant. Il convient donc de bien accompagner et de bien encadrer cette prise d'autonomie qui doit se faire très progressivement et dans un cadré sécurisé, en fonction des capacités et des envies des enfants, comme des parents.

  • Que peut-on mettre en place pour l'accompagner et favoriser l'autonomie ?

    Ça peut passer par des choses toutes simples et assez imagées, comme par exemple mettre la table. On peut aussi le laisser faire la cuisine en suivant une recette simple pour voir comment il se débrouille en restant près de lui au cas où puis dans une autre pièce une fois qu’il a pris confiance en lui. Si on fait tout à sa place, il ne pourra pas apprendre et prendre confiance en lui. Ce qui marche assez bien quand on laisse seul l’enfant chez soi faute de pouvoir faire autrement, ce sont les repères temporels. En plus, ça aide à avoir une idée du temps qu'on part lorsqu'on les laisse seuls. Sur les trajets de l'école, on peut le laisser partir devant et le suivre à distance. On peut faire le trajet de l'école avec lui, lui dire que ça dure tant de temps et la fois où on le laisse faire le chemin tout seul, lui dire qu'il doit être là à telle heure avec un petit battement de 5 minutes. Ça peut être assez gratifiant pour l'enfant si on le félicite parce qu'il est rentré à l'heure et qu'il a respecté ses engagements. Il s'agit vraiment de construire un rapport de confiance dans les deux sens.

    À quoi faut-il être attentif lorsqu'on franchit l'étape de laisser son enfant seul ?

    Tout dépend de combien de temps on le laisse et de ce qu'il doit faire seul. S'il doit se faire à manger, on peut prévoir un repas tout prêt pour lui éviter d'avoir à utiliser des ustensiles ou de l’électroménager. On peut laisser une petite liste de choses auxquelles penser et à ne pas faire : ne pas ouvrir le gaz, ne pas utiliser les couteaux etc. C'est toujours valorisant pour un enfant d'avoir de la reconnaissance pour respecter les consignes.

    Géraldine Prioux, psychologue

  • Manon, maman de deux filles de 10 et 8 ans. Elle vit à Nantes.

    Ça a commencé de façon assez naturelle. Je devais aller au sport et mon conjoint n'était pas encore rentré. Nous étions prêts à appeler les grands-parents à la rescousse, mais comme c'était pour 10 minutes, on s'est dit que ça ne valait pas le coup et que c'était peut-être le moment de laisser les filles seules pour la première fois. Nous leur avons donc proposé. Elles étaient d'accord, pas inquiètes du tout, bien au contraire. Nous avons prévenu les voisins et je suis partie au sport en leur laissant mon téléphone. C'était en fin d'année dernière. Les filles avaient 9 et 7 ans. Depuis, nous avons renouvelé l'expérience. Pour le moment, nous les laissons une heure maximum, ni sur le temps d'un repas, ni le soir où les peurs peuvent venir plus vite. Nous avons récupéré un vieux téléphone que nous leur laissons et qui fait office de « téléphone de famille » pour être joignables. Si au début elles pensaient pouvoir jouer à la console tout le temps de notre absence, elles ont assimilé l'idée que ce n'est pas parce que nous ne sommes pas là qu'elles peuvent faire ce qu'elles veulent !

    « Nous faisons en sorte qu'il n'y ait pas d'imprévus »

    Les filles ont très vite compris le principe de la confiance. Elles savent qu'elles peuvent partir très vite et mettre du temps à revenir. Comme elles ont envie que ça se reproduise, elles jouent le jeu à fond. Et puis, c'est une routine bien huilée. L'autonomie est un sujet que nous travaillons depuis longtemps. Les filles rentrent toutes seules de l'école. Je les attends à la maison, mais elles font le trajet seules. Je n'ai aucune angoisse par rapport à ça. Les filles sont hyper briefées sur les dangers potentiels. Nous l'avons fait bien en amont et nous continuons à le faire. Et elles connaissent quasiment tous les voisins sur le trajet. L'étape suivante sera de les laisser seules en soirée lorsqu'on est pas loin. Mais il faut qu'elles soient demandeuses et prêtes. On ne les obligera jamais à rester seules.

    Thomas vit à Vallet. Il est séparé et papa de deux garçons de 15 et 12 ans.

    Lorsque l'ainé est entré au collège, il a été scolarisé à Vertou. Depuis Vallet, il n'y a pas de transports en commun. Je devais le déposer en allant travailler à Nantes. Mais c'était très tôt le matin, ce qui fait que je ne pouvais plus emmener son petit frère, qui lui était scolarisé en primaire à Vallet. Il a donc fallu trouver une solution et la seule que j'ai trouvé, c'est de laisser le plus jeune seul à la maison pendant une demi-heure le matin, en attendant le car scolaire. Je lui préparais son petit déjeuner et il avait sa clé pour fermer la maison. J'avais aussi prévenu les voisins pour qu'ils soient au courant. L'école était prévenue aussi, bien sûr. Surtout que c'est venu un peu rapidement.

    « J'avoue que ça m'angoissait un peu au début »

    J'ai dû revoir mes principes et je lui ai acheté un téléphone portable pour qu'il puisse me joindre. Avec le recul, ça s'est bien passé. Quand on en parle aujourd'hui, il me dit qu'il a bien aimé cette période-là car il avait un moment tranquille à la maison. À un moment où son frère était un peu valorisé car il devenait « grand » en entrant au collège, il s'est trouvé valorisé par cette prise d'autonomie. Et quand ça a été son tour d'entrer au collège, il a été beaucoup plus autonome que son frère.

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